
« On avait envie de rev’nir ichi ! » Christian Carion et Christophe Rossignon ont retrouvé le tapis rouge du Régency, le cinéma de Saint-Pol-sur-Ternoise - « petit » David de 140 places à des années-lumière des complexes Goliath. Ce jeudi 10 septembre 2009, le réalisateur et le producteur sont venus présenter en avant-première « L’Affaire Farewell ». Le nouveau film de Christian Carion (originaire de Lebucquière dans le Pas-de-Calais rappelons-le) sortira le 23 septembre 2009 dans toutes les salles. « Je n’oublie pas que le Régency a eu le courage de prendre Joyeux Noël une semaine avant tout le monde », a souligné Chr. Carion, visiblement ravi de passer devant le grand écran d'une salle indépendante, dans un territoire éminemment rural.
Depuis le 1er août 2009, le réalisateur et le producteur effectuent un véritable tour de France pour accompagner ce nouveau film. Après le champêtre « Une hirondelle a fait le printemps », après le fraternel « Joyeux Noël » (succès public, nommé aux Oscars, vendu dans 30 pays), Christian Carion s’est lancé dans un film d’espions. Mais rien à voir avec James Bond ! Dans « L’Affaire Farewell », place au « petit espion insoupçonnable ». Une histoire vraie, une des plus grandes affaires d’espionnage du XXe siècle : un ponte du KGB livrant des informations « énormes » à l’Ouest par l’intermédiaire de Français en poste à Moscou. Cette affaire a ébranlé le bloc soviétique et permis à François Mitterrand – tout juste élu – de faire jeu égal avec Ronald Reagan, le cow-boy. « J’avais découvert cette histoire dans les mémoires de Jacques Attali, conseiller de Mitterrand », a expliqué Christian Carion. Mais c’est bien le producteur Christophe Rossignon qui est à l’origine du projet, ayant acquis les droits d’un scénario (signé Éric Raynaud) qui fut retravaillé par le duo dès 2006. Ni James Bond donc, ni thriller, ni documentaire, « L’Affaire Farewell » est avant tout une fine analyse des comportements, quand la vie privée et la « mission » se heurtent. Des histoires de pouvoir racontées à hauteur d’homme. « Ce film c’est aussi un tandem », insiste Christian Carion. Un tandem d’acteurs : Guillaume Canet qu’on ne présente plus, héros de « Joyeux Noël », et Emir Kusturica, le grand cinéaste serbe (deux palmes d’or à Cannes) dans son premier grand rôle principal. L’arrivée de Kusturica sur ce film est aussi une sacrée histoire… « Nikita Mikhalkov, réalisateur russe, avait dit oui puis il nous a présenté un acteur célèbre en Russie qui a finalement refusé, cédant aux pressions du ministre russe de la Culture, explique Chr. Rossignon. On nous a aussi interdit de tourner en Russie… » Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, l’affaire Farewell trouble encore la Russie de Poutine. « Notre film n’ira pas en Russie », ajoute le producteur. Pas d’acteurs russes ! Tant pis pour eux, tant mieux pour Emir Kusturica, impressionnant… le réalisateur reconnaissant toutefois que « la première semaine fut compliquée avec ce cas à part. »
« La guerre de l'eau »
L’originalité du film (un budget de 17,5 millions d’euros tout de même), avec son casting très international (Alexandra Maria Lara, Willem Dafoe, Niels Arestrup) réside également dans la mise en relief des deux présidents : Mitterrand et Reagan brillamment interprétés par Philippe Magnan et Fred Ward. Christian Carion tenait à mettre la politique au cœur de son film, un peu à la manière anglo-saxonne. Côté décors, « L’Affaire Farewell » a été tourné en Ukraine, en Finlande mais aussi à l’Élysée avec des autorisations exceptionnelles. Espionnage, politique, mensonge, duplicité, lâcheté et musique : omniprésente dans le film ! Le colonel du KGB écoute « Mélancolie » de Léo Ferré (une idée de Christian Carion) et cite « La mort du loup » le poème d’Alfred de Vigny ; son fils s’éclate avec « We will rock you » de Queen (groupe alors interdit en URSS) : « il est déjà à l’Ouest ».
Christian Carion ne veut surtout pas se retrouver avec une étiquette dans le dos et changera encore de registre pour son prochain film : « je veux tourner assez vite dans le Nord – Pas-de-Calais avec Mathilde Seigner et Dany Boon. ‘La guerre de l’eau’ (un bon titre) parlera de la corruption dans le domaine de l’eau potable. Je vais encore me faire des amis », sourit le réalisateur. Soyez tranquille Monsieur Carion, ichi à Saint-Pol-sur-Ternoise vous en avez de vrais.
Christian Carion, 46 ans, a réalisé son premier film à 37 ans. Une carrière fulgurante ! Et il sent que « L’Affaire Farewell » est une œuvre importante : « j’y ai mis tout mon désir de cinéma ». Bonne nouvelle : il a dans ses cartons une « histoire du Nord ».
Texte Christian Defrance ; photos : Jérôme Pouille
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