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| Les Canadiens et les Délivrés d'Écourt ! |
Depuis une bonne année, l’historien canadien – et vendeur de toitures – Michel Gravel approfondit ses recherches sur un épisode incroyable de la Première Guerre mondiale dans le Pas-de-Calais. Une histoire qu’il racontera dans un livre à paraître en novembre 2010 ches Ysec Éditions et intitulé : « Nous sommes Français ! Les Canadiens et les Délivrés d’Écourt-Saint-Quentin ».
Le 26 août 1918, le Corps d’armée canadien déclenche une offensive depuis Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais. La ville assiégée est en ligne de front depuis l’invasion allemande en 1914. Au cours de la semaine qui suit, les Canadiens, épaulés par des troupes britanniques, livrent un combat acharné et sanglant, et avancent de treize kilomètres en territoire occupé. Le 2 septembre, la bataille atteint son paroxysme avec la percée définitive du front ennemi sur la route d’Arras à Cambrai, entre Dury et Cagnicourt. Devant l’avance canadienne, l’armée allemande « vide les communes de leurs habitants », et envoie ces réfugiés vers Valenciennes ou la Belgique.
Le 3 septembre 1918, les troupes de la 4e division canadienne profitent de cette victoire pour poursuivre, à travers la vallée de l’Hirondelle au-delà de Dury, les troupes de la 17e armée allemande en repli depuis la veille. Ayant dépassé l’immense no man’s land devant Arras, les Canadiens circulent finalement en zone occupée, présumée dépeuplée, mais plus ou moins épargnée par les ravages de la guerre. Toute les communes libérées par les Canadiens (depuis leur arrivée en France en 1915) étaient désertes et en ruines. Des fantassins canadiens, en avant-garde, ont donc la surprise de voir apparaitre deux jeunes Français réfugiés, qui arrivent de la commune voisine d’Écourt-Saint-Quentin. Les deux copains, Noël Lagrange, 22 ans, et Gustave Barbier, 19 ans, vivent sous l’occupation depuis 1914. Encouragés par les grondements de la bataille d’Arras de 1918, qu’ils entendent depuis une semaine, ils refusent d’obéir aux ordres allemands d’évacuer la commune. Ils préfèrent braver les bombardements et se faufiler vers les libérateurs ! Lagrange et Barbier ne sont pas les seuls. En pénétrant dans les rues d’Écourt, d’autres soldats s’aperçoivent que la commune est habitée par une quarantaine de civils, qui, eux aussi, n’ont pas obéi à l’ordre d’évacuation. Ils se sont réfugiés dans les caves d’une grande ferme au centre du village. Et deux villageois, M. Bury et sa fille, n’abandonnent même pas leur maison. Réagissant immédiatement, les Canadiens ordonnent à l’artillerie lourde de cesser le feu sur Écourt et avisent le gouvernement français à Arras de la bonne nouvelle : des civils français viennent d’être libérés en zone occupée ! L’anecdote est symbolique : Écourt-Saint-Quentin devient la première commune habitée de la France occupée, à être libérée lors de la campagne de 1918. La France patientera encore plus d’un mois avant de connaître le nom de la deuxième.
« Les Délivrés d’Écourt », surnom donné à ces braves par la revue l’Illustration, sont pris en main par les Canadiens et soignés à l’hôpital militaire installé à l’hôpital Saint-Jean d’Arras. Les Délivrés font la fête avec des carabiniers canadiens qui sont, par hasard, cantonnés dans le quartier. Une équipe cinématographique de l’armée britannique immortalise la rencontre, qui a lieu dans l’enceinte d’un ancien orphelinat de la rue Saint-Maurice, à proximité de l’hôpital. Les images sont diffusées à Paris et à Londres. La libération définitive de la France venait de commencer.
Source : Michel Gravel
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