
Calais, la première ville du Pas-de-Calais en nombre d’habitants, déjà fière de ses Bourgeois, de son Beffroi voit le monde entier se tourner vers sa Cité internationale de la dentelle et de la mode. Un « bâtiment symbolique » composé d’une ancienne usine de dentelle du XIXe siècle et d’une extension de verre et d’acier, inauguré ce jeudi 11 juin par Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication. Un bâtiment symbolique, issu d’un projet remontant aux années quatre-vingt, qui, comme l’a rappelé la ministre, « a joué sur les paradoxes ». Au fil de cinq espaces, sur 2 500 mètres carrés, cette Cité associe travail à la chaîne et faste des grands magasins, histoire et avenir, industrie et haute couture. La Cité n’est pas seulement un musée, mais aussi « un outil de communication, le phare de la créativité de Calais » a précisé Natacha Bouchart, maire.
« Musée pluridisciplinaire, musée du XXIe siècle » selon Martine Fosse, conservateur en chef, « conjuguant patrimoine et modernité ». Cette Cité permet de découvrir les secrets de fabrication d’un tissu « dont le pouvoir émotionnel est égal à sa fragilité » ; un tissu qui est une alchimie « entre le plein et le vide » ; un tissu « qui ne laisse jamais indifférent ». Propos sensibles tenus par Olivier Noyon, président de l’association Trame (seize ans de militantisme pour la création de la Cité).
Trois mille pièces (de 1850 à nos jours), des habits les plus beaux aux machines les plus grosses (comme les métiers Leavers en fonctionnement), permettent d’entrer dans le monde de la dentelle, « elle a façonné les murs et les mentalités de Calais » (Natacha Bouchart) ; permettent de frôler l’univers de la mode et des créatrices comme Chantal Thomass (la « marraine » de la Cité) persuadée que « les beaux jours reviendront pour les dentelliers de Calais ». La dentelle est arrivée « par la mer, presque silencieusement » il y a deux cents ans à Calais (1816 exactement), elle sut trouver sa place : Calais était dans les années cinquante le premier centre dentellier du monde (6 600 travailleurs, 1 200 tonnes exportées). Il reste aujourd’hui six entreprises de fabrication, huit de finition, 300 métiers Leavers et 1 500 salariés.
La Cité conçue par les architectes Alain Moatti et Henri Rivière est un « écrin pour la dentelle, patrimoine précieux à garder envers et contre tout ». L’objectif est d’accueillir 100 000 visiteurs chaque année… Pari osé, à moins d’organiser très régulièrement d’aussi charmants défilés que celui qui suivit la coupure du ruban.
Petites phrases
Pour Dominique Dupilet, président du conseil général du Pas-de-Calais (le département a subventionné à hauteur de 10 % cet équipement de 27 millions d’euros), la Cité de la dentelle et de la mode « est une carte de visite pour Calais, une carte de visite pour le Pas-de-Calais ». Nausicaa et la Cité de la dentelle sont deux atouts pour un futur classement au patrimoine de l’Unesco du site des Deux-Caps.
Daniel Percheron, président de la Région (20 % du financement) a mis en exergue « l’intelligence territoriale collective », la motivation des deux maires « d’hier (Jacky Hénin) et d’aujourd’hui (N. Bouchart) ». Se tournant vers Christine Albanel, représentante de l’État, Daniel Percheron a donné sa vision de nos deux départements : « Ici, c’est l’autre France, touchée par l’angoisse de la fragilité de l’épopée industrielle, sidérurgique, minière, textile. 170 000 salariés il y a une génération et demie, 15 000 aujourd’hui. L’autre France où chaque jour est difficile, où nous avons besoin d’un État fort… Plus il vient à notre rencontre, plus nous pensons que l’impossible est à notre portée. Sans le département et sans la région, les phrases ne seraient qu’une grammaire incomplète. »
Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais : 135, quai du Commerce 62100 Calais
Tél. 03 21 00 42 30
www.cite-dentelle.fr
Texte et photos : Christian Defrance
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