En 2006, deux ans après le décès de sa maman – à l’âge de 97 ans -, Annie se décide enfin à ouvrir la « boîte à photos » maternelle. Photographies et papiers divers la plongent dans une histoire dont elle ne connaissait que des bribes… « Je se suis dit : cette histoire là personne n’en saura rien et c’est dommage ! » Elle contacte un écrivain biographe, Nathalie Mathis, à qui elle envoie tous ses souvenirs « mis dans l’ordre ». Souvenirs qu’Annie insère dans des recherches précises, poussées, sur l’émigration ukrainienne. Car la maman et le papa étaient tous deux Ukrainiens, fiers de l’être, fiers de le clamer.
On a beaucoup parlé en 2007 de l’émigration polonaise, dans la cadre notamment de « l’année de la Pologne en Pas-de-Calais » ; c’est en décembre de la même année qu’Annie Lebas a publié une trentaine d’exemplaires de ce livre : « Mes parents ukrainiens. Une vie de travail ».
Demeurant à Lorgies, très investie dans la vie associative locale (elle a lancé une fête de la confiture, se bat contre l’autoroute A 24…), Annie estime qu’il est grand temps de s’intéresser à cette émigration ukrainienne. De se pencher sur l’histoire de l’Ukraine tout simplement. Ukraine : premier état slave oriental, état le plus puissant d’Europe au Xe et XIe siècles. Ruthénie, Cosaques, domination lituano-polonaise… Que de soubresauts ! De 1917 à 1920, l’Ukraine tente l’indépendance. Invasion de l’Armée rouge, véritable génocide sous Staline en 1932-1933. Traité de Riga en 1921 : les Polonais occupant l’Ukraine occidentale. Conférence de Yalta en 1945. Indépendance complète en 1991.
L’histoire des parents d’Annie est inexorablement liée à la Pologne, ils y sont nés ! Anna Petraszko, la mère, en 1907 à Stare-Siolo et le père, Alexandre Malanczuk, en 1914, à Krowica-Sama, deux villages de cette Galicie, partagée, déchirée entre Polonais et Ukrainiens. Annie a enquêté, fouillé pour en savoir plus sur ces villages et notamment Stare-Siolo, « Staré Sélo, dont il ne reste plus de que des ruines… Tout a été rasé. L’église ukrainenne a été détruite en 1986, remplacée par une église polonaise. »
Anna et Alexandre prirent le même train pour la France, en décembre 1938. « Ils ne se connaissaient pas… » Ils avaient en poche un contrat de travail d’un an dans une ferme ; elle à Bergues, lui à Flers. « Trajectoire chaotique » selon Annie Lebas. « Ils finiront par se rencontrer, à Illies, et par se marier en 1944. Une chape de plomb s’est abattue sur leur terre natale, ils n’ont pas voulu repartir… » Le couple s’installe au Nouveau Monde, une trentaine de maisons sur la nationale 41 à un kilomètre et demi de La Bassée. Nouveau Monde, tout un symbole. Annie, fille unique née en 1945, grandit entre deux cultures : entend l’ukrainien, répond en français. Elle grandit entourée de rites et coutumes ukrainiens ; « mes parents n’ont jamais oublié leur Église : l’Église gréco-catholique ». La famille déménagea ensuite rue de Lille à La Bassée. « Ukrainiens mais citoyens polonais, mes parents ne furent pas distingués des Polonais de pure souche qui émigrèrent pour les mêmes raisons économiques. Nous étions catalogués Polonais. Personne ne connaissait l’Ukraine ! » Aujourd’hui, Annie veut mettre en évidence la « distinction ». Elle voudrait entrer en contact avec d’autres familles d’origine ukrainienne. « Nous rendions visite à des amis à Hulluch, Locon ou Libercourt… » Libercourt où en 1960 lors de la visite de Krouchtchev en France, « certains Ukrainiens profondément nationalistes furent envoyés en Corse pour éviter des manifestations m’a-t-on dit. »
Annie est allée en Ukraine soviétique en 1990, un sacré périple… En 2009, elle ne désespère pas de se rendre en Galicie cette fois sur les traces d’Anna et Alexandre. « Grands-parents, etc : je ne sais rien, c’est un mur » dit-elle. Un mur qui devra tomber.
Pour contacter Annie Lebas : 10, rue des Quatre-Chemins 62840 Lorgies
Courriel : annie.lebasmal@laposte.net
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
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