Cela ressemble fort à un grand écart ! Passer des poètes classiques avec leurs vers et leurs pieds, à Cubase, un séquenceur musical, la bête des logiciels qui fait rentrer un orchestre dans un ordinateur… Mais Daniel Slowik fait preuve d’une grande souplesse et se relève toujours avec classe et élégance. Cet auteur, compositeur, interprète arrageois qui ne fréquente pas du tout les sentiers battus de la création musicale a sorti un nouveau CD où l’on retrouve, tenez vous bien, des textes de Molière, Lamartine, Leconte de Lisle mais aussi de Michel Houellebecq.
Molière, Houellebecq, autre grand écart qui fait sourire l’artiste habitué depuis quelques années à revisiter notre glorieux panthéon littéraire et poétique. Un panthéon dont il hante les couloirs après les avoir superbement ignorés durant des décennies. Baudelaire, Hugo et consorts furent des vendanges tardives pour Slowik, mais il en a fait son vin quotidien.
La voix de Slowik
Prenez Molière. Harcelé par un frangin fan de « JB » Poquelin, le premier réflexe de Daniel (et tant d’autres l’auraient imité) fut de se dire : « Oh non, ça me fait penser à la 4e et à la 3e ! » Jusqu’à ce que le même frangin lui déclame une scène du Misanthrope : « Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre le fond de notre cœur dans nos discours se montre, que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments ne se masquent jamais sous de vains compliments. » La claque. « Quel régal ce texte », s’est emballé Slowik tout en s’empressant de le mettre en musique. « Je veux que l’on soit homme » figure ainsi sur ce récent album intitulé « Le dernier souvenir » (un poème de Leconte de Lisle). Un disque renfermant seize joyaux, éclairés par une voix atypique à la fois fragile et sûre, construits autour de mélodies et de sons très originaux quelque part entre la grande tradition de la chanson francophone et une forte propension à rejoindre un minimalisme électro. Indéniablement, avec Cubase, les synthés pilotés par la guitare de Daniel Slowik délivrent une grande émotion.
Et Houellebecq dans tout ça ? « J’ai acheté un de ses livres de poésie, j’ai adoré trois textes, je lui ai écrit, il m’a répondu, j’ai mis en musique et envoyé chez lui en Irlande ! » Simple comme bonjour. « Ma poésie est bizarre, vos musiques aussi », a commenté le prix Goncourt 2010. « Véronique » est une pièce maîtresse du « Dernier souvenir » dans lequel Daniel Slowik a mis beaucoup de... Slowik, car notre homme ne se contente pas de maîtriser Cubase et les claviers, il possède une belle plume, qui chatouille l’amour. Des élans, des souvenirs, des regrets aussi. Une plume sensible quand elle évoque dans « Oh maîtresse pardon » le massacre d’Oradour-sur-Glane.
Étonnant Slowik. Talentueux et modeste. Inclassable et moderne. Ses deux derniers albums (« Le dernier souvenir » et « Frères humains ») sont disponibles sur toutes les plateformes de téléchargement (légal). Molière et Baudelaire sur iTunes ! « Je suis même présent sur une plateforme japonaise », renchérit Daniel tout heureux d’avoir incité des internautes à lire ou relire « Les fleurs du mal ». Adepte du grand écart, tentera-t-il le saut périlleux en osant la scène ? « J’y songe, dit-il. Un spectacle avec des ordinateurs et de la vidéo ». Une idée du 21e siècle électronique et romantique…
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Texte : Christian Defrance / Photos : D. Slowik
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