Dans le bassin minier du Nord – Pas-de-Calais, de Valenciennes à Estrée-Blanche, il y a de cela quelques décennies, le 4 décembre était une journée sacrée… Sacrée journée : le bal et l’estaminet prenant vite le pas sur la messe et la prière, pour fêter la patronne des mineurs. Barbara ou sainte Barbe aurait vécu au milieu du troisième siècle en Asie Mineure. Son père Dioscore, un riche païen, voulut protéger sa virginité (ou l’empêcher de devenir chrétienne) et l’enferma dans une tour à deux fenêtres. Mais un prêtre, déguisé en médecin, s’introduisit dans la tour et la baptisa.
Au retour d’un voyage, Barbara lui apprit qu’elle avait percé une troisième fenêtre dans le mur de la tour pour représenter la Sainte Trinité et qu’elle était chrétienne. Furieux, le père mit le feu à la tour. Barbara réussit à s’enfuir, mais un berger découvrit sa cachette et avertit son père. Ce dernier la traîna devant le gouverneur romain de la province, qui la condamna à d’affreux supplices. Comme la fille refusait d’abjurer sa foi, le gouverneur ordonna au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Dioscore la décapita et fut aussitôt châtié par le Ciel : il mourut frappé par la foudre. Quand les chrétiens vinrent demander son corps, ils ne purent la nommer que « une jeune femme barbare ». Les catholiques prient sainte Barbe pour se protéger de la foudre ; elle est aussi la patronne des géologues, des pompiers et surtout des mineurs de fond. Avant 1914, il y avait la quinzaine Sainte Barbe : du 16 au 30 novembre inclus. Les compagnies autorisaient alors de longues journées de travail afin d’augmenter – parfois jusqu’à 75 % - la paie des ouvriers. Même le dimanche devenait une journée de travail normale… Et Simon Colliez peut chanter (sur des paroles de Bertrand Cocq) : « I s'sont tous arrêtés devant l'pitite statue. I’ont soul'vé lu barette et inl'vé lu béguin. In n'a même vu eune paire qui s'essuyètent les yux, faire in p'tit signe ed croix comme cha machinal'mint. Et pis l'plus viu mineur a deschindu l'sainte femme, i l'a mis dins s'malette, l'a serré su s'poitrine et tous sont arpartis ténant lu lampe à flamme, faijant eune procession au fond del gal'rie d'mine. Alle est pas morte Sainte Barbe, alle est pas morte même si tous ses éfants n'ont pus d'ouvrache. Alle veille incore Sainte Barbe, alle veille incore, alle est core là pour donner du courache ».
SR : Chr. D. / Photo : x
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