Un travail de longue haleine. Depuis 2002, Biefvillers-lès-Bapaume – village juste à côté de Bapaume - vit quasiment à l’ombre du Télégraphe de Chappe. Une belle aventure lancée par la municipalité conduite par Véronique Thiébaut, une véritable prise de conscience : l’histoire locale peut devenir un levier de développement local, voire intercommunal. Théâtre de la Bataille de Bapaume les 2 et 3 janvier 1871, le village avait quatre-vingts ans plus tôt « participé » à une opération considérée aujourd’hui comme l’acte de naissance des télécommunications ! En 1793 donc, la flèche du clocher de l’église avait été amputée (au grand dam des villageois) pour installer à 122 mètres au-dessus du niveau de la mer le mât de ce télégraphe optique. Un système de stations de relais sémaphore. Des perches, des bras, des signaux, un livre de vocabulaire, des codes secrets, la réaction en chaîne. Biefvillers était l’une des seize stations de la ligne Paris-Lille imaginée par Claude Chappe et développée avec ses quatre frères. Une révolution ! Le 30 août 1794, en moins de dix minutes, Paris apprenait la défaite des Autrichiens à Condé-sur-l’Escaut. Dès 2002 donc, le Télégraphe de Chappe est devenu la grande affaire de Biefvillers, avec les enfants, lors des Journées du Patrimoine… Nouvelle étape en 2004 quand la municipalité rencontra le musée des télécommunications et de la radio de Marcq-en-Barœul et de fins connaisseurs du Télégraphe de Chappe à l'image de Léon Tirlemont. Excellent support pédagogique (histoire, sciences, maths...), ce Télégraphe va attirer 650 élèves en trois jours, découvrant panneaux et maquettes. 2006 : les enfants travaillent à nouveau sur le sujet avec une petite pièce de théâtre, carrément. La trouvaille de Claude Chappe avait aussi séduit la communauté de communes de la région de Bapaume qui soutint un projet d’exposition mobile conçue avec le concours du musée par l’agence Tournant. Exposition mobile inaugurée vendredi dernier dans l’église du village, « lieu cultuel devenu lieu culturel » souligna Jean-Paul Delevoye, le président de la communauté de communes. De grands panneaux très clairs racontent l’histoire de cette invention qui dura quelques décennies. Certes comme le rappela Véronique Thiébaut : « on a dû réduire la voilure et laisser tomber l’idée de reconstruire un Télégraphe de Chappe grandeur nature (quatre mètres de haut !) », mais cette exposition (avec petit film expliquant le fonctionnement) est un bel outil au service du développement touristique de la région de Bapaume mais également du canton de Bertincourt. En effet les deux structures intercommunales se retrouvent sous le même toit à l’office de tourisme du Seuil de l’Artois. « Effectuer des recherches sur ce Télégraphe c’est comme écrire un roman policier » sourit Léon Tirlemont. Avec du suspense, des rebondissements, des drames… Claude Chappe est mort à 42 ans, en 1805, ruiné, abandonné par l’État. Remis à l’honneur deux cents ans plus tard à Biefvillers-lès-Bapaume : « il ne nous échappe plus ! » dit avec humour un élu lors de l’inauguration.
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
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