S’il avait vécu au 21e siècle, ses exploits passeraient en boucle à la télé et feraient le buzz sur Internet. Blondin serait une star planétaire ! Il y a deux siècles pourtant, sans les autoroutes de l’information, sa réputation et sa fortune étaient déjà grandes soulignant le caractère exceptionnel de ses activités… Vous avez dit Blondin ? Et c’est bien ce Blondin dont la salle des sports du collège des 7 Vallées à Hesdin porte le nom. Hesdin où « le plus grand funambule de son temps » vit le jour le 28 février 1824.
Jean-François Gravelet ne devint Charles Blondin qu’une vingtaine d’années plus tard ; « un nom d’artiste » évoquant la couleur de ses cheveux. Dès son plus jeune âge, Jean-François, fils d’André, gymnaste et vétéran de la Grande Armée de Napoléon (Austerlitz, Wagram, Moscou…), est attiré par les acrobaties… À cinq ans, il est subjugué par le fildefériste d’un petit cirque de passage près de chez lui. Revenu à la maison, il tend une corde à linge entre deux chaises et tente d’imiter l’artiste qui vient de l’impressionner. Il tombe mais une vocation est née. Entraîné par un vieil ami de la famille, encouragé par son père, Jean-François Gravelet rejoint une école de gymnastique à Lyon où au bout de six mois il fait déjà preuve d’un talent rare. La « petite merveille » devient une véritable attraction et ses démonstrations font preuve d’une grande originalité. Le prodige connaît à neuf ans un drame : son père meurt (sa mère suit un an après) et il décide de gagner sa vie en marchant sur une corde raide, en effectuant des sauts périlleux au quatre coins de la France. Il est repéré un beau jour par un agent d’une fameuse compagnie, The Ravel Family. Ces acteurs, danseurs sur corde originaires de Toulouse ont conquis l’Amérique en 1832. Blondin est engagé et débarque aux States en 1851.
Chanvre de Manille
Il se produit dans toutes les grandes villes et travaille également à New-York pour le célèbre Phineas Taylor Barnum. Membre à part entière de la « famille Ravel » durant plusieurs années, Blondin passe en 1858 du côté des chutes du Niagara à la frontière entre les États-Unis et le Canada. Il devient obsédé par l’idée de traverser ces gorges sur une corde ! Les autorités locales craignant l’accident, Blondin est finalement autorisé à lancer son filin à proximité du pont de l'Arc-en-ciel, pas tout à fait au-dessus des chutes elles-mêmes. Le 30 juin 1859 à 4 h 45 de l’après-midi, une foule énorme (estimée à 10 000 à 100 000 personnes !) assiste à l’exploit de l’Hesdinois Jean-François Gravelet, qui a revêtu une combinaison en soie. Le fildefériste se sert d’une corde en chanvre de Manille de presque huit centimètres de diamètre et de 1 100 pieds de long (un peu plus de 330 mètres) ; corde tendue à 160 pieds (48 mètres) au-dessus des gorges d’un côté, et 270 pieds (82 mètres) de l’autre. « Armé » d’un contrepoids de neuf mètres pesant vingt kilos, Blondin s’est élancé de la rive américaine pour arriver sur la rive opposée 17 minutes plus tard ; effectuant après s’être restauré le trajet dans l’autre sens en 12 minutes (7 selon des sources canadiennes). N’oubliant pas de faire hurler la foule, en s’asseyant sur sa corde à plusieurs reprises ou en lançant une petite corde vers un bateau pour remonter une bouteille !
Un surhomme ?
Blondin acquiert alors le statut de « surhomme » et fait des chutes du Niagara le théâtre de sa carrière. Les gens se pressent pour le voir se rire du danger. À chaque nouvelle traversée, Blondin imagine une nouvelle difficulté : sur des échasses, sur un vélo, un sac sur la tête, un saut périlleux arrière… Il se fait même cuire une omelette sur un poêle en fonte au-dessus des chutes. Il photographie la foule. Et le 17 août 1859, il traverse les chutes en portant un homme sur le dos, son manager Harry Colcord ! Devenu le « prince de Manille » (comme le chanvre de Manille), Blondin « marche » au-dessus des gorges à 17 reprises (et notamment devant le prince de Galles). Il a d’ailleurs acheté une petite maison dans la ville de Niagara où il vit avec femme et enfants… Il gagne un demi-million de dollars par an. Fortune et célébrité.
En 1861, Blondin part pour l’Angleterre et se « produit » à travers tout le pays. Sur une corde of course, allant jusqu’à pousser Adèle, sa fille âgée de 5 ans, dans une brouette… à cinquante mètres de hauteur. Un « tour » qui horrifie la presse de l’époque.
Véritable légende vivante (il a emmené sa corde jusqu’en Australie et à Java), Charles Blondin – désormais installé à Ealing dans la banlieue de Londres -, continue ses exhibitions jusqu’à plus de 70 ans. Il s’éteint paisiblement dans son lit le 19 février 1897. En 1992, une statue de Blondin sera inaugurée à Birmingham ; à Ealing, une avenue et un verger portent son nom. Et une salle des sports à Hesdin.
SR : Chr. Defrance
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