5 mars 1974, le Conseil des ministres autorise l’engagement d’un vaste programme électronucléaire pour assurer à la France son indépendance énergétique, suite à la crise pétrolière. Douze unités de production sont prévues dont quatre pour Gravelines qui, initialement devait accueillir une centrale au fuel. Cinq ans plus tard, les Pouvoirs publics décident que Gravelines accueillera deux unités de production supplémentaires qui étaient prévues pour l’Iran. En 1980, les quatre premières unités sont successivement mises en route, les deux dernières entrant en activité en 1984 et 1985. Lorsque les six unités fonctionnent simultanément à pleine puissance, elles produisent 5 400 millions de watts. C’est la centrale la plus importante en Europe de l’ouest, la troisième au monde. Elle fournit de l’électricité consommée dans la grande région nord de la France, mais aussi à l’étranger, y compris l’Angleterre, le courant passant sous la Manche, à Bonningues-lès-Calais, en suivant un ancien tracé de tunnel sous la Manche. 1605 agents EDF travaillent à Gravelines, 1462 hommes pour 143 femmes.
Économiquement, l’impact de la centrale de Gravelines est loin d’être négligeable. En 2006, la moitié du montant des commandes passées a été attribuée à des entreprises locales ou régionales. Le Calaisis et le Dunkerquois doivent donc beaucoup à la présence de la centrale qui est construite en bord de mer. Reste que les habitants de l’immédiate proximité de la centrale sont très sensibles à la sécurité qui, on s’en doute, est la priorité de l’entreprise. Maintenance, visites décennales, exercices de sûreté se succèdent… A priori rien de grave ne s’est produit jusqu’à maintenant…
Rares visites du public
Fut une époque où des visites de la centrale étaient régulièrement organisées. Avec l’activation des plans vigipirate, c’est devenu chose rare. Les visiteurs peuvent même faire figure de privilégiés… C’est le cas des membres du club de canoë-kayak de Saint-Laurent-Blangy qui nourrissent un partenariat avec EDF depuis 1989. C’était l’époque de la construction du stade d’eau vive, le premier hydrostadium construit en France, en partie financé par EDF. Reste que les champions immercuriens ne connaissent pas forcément bien leur partenaire, en dehors du fait qu’il produit et fournit de l’électricité. D’où cette journée consacrée à la visite de la centrale de Gravelines, nucléaire, et à celle de Bouchain, près de Valenciennes, thermique. Deux outils radicalement différents, pour une finalité identique : chauffer de l’eau et obtenir de la vapeur mise sous pression afin de faire tourner une turbine qui produit de l’électricité. Comme a pu le constater la délégation emmenée par son président Olivier Bayle, le principe est simple mais cela demande beaucoup de travail et de technicité. Comme en canoë-kayak.
Terminal méthanier à Loon-Plage
Reste à savoir si le nucléaire est, ou n’est pas, la solution énergétique d’avenir. C’est un autre débat sachant qu’EDF se positionne aussi sur le marché du gaz puisqu’il est question de construire un terminal méthanier à Loon-Plage, tout près de Gravelines donc. De là un gazoduc irriguerait la France et le nord-ouest de l’Europe. Le chantier pourrait démarrer en 2010 pour une mise en service en 2013, à condition que les autorisations soient accordées en 2009. Avec une question que les candides sont en droit de se poser : pourquoi Electricité de France ne laisse pas le soin à Gaz de France, son ancien associé, de s’occuper de la question. La réponse est sans doute dans le fait que Gaz de France veut produire de l’électricité. C’est la loi de la concurrence mais le consommateur en profitera-t-il ?
A noter qu’il existe à l’entrée de la centrale de Gravelines, un centre d’information du public, ouvert du lundi au vendredi (Visites gratuites sur rendez-vous au 03 28 68 42 36) dédié à tous les modes de production d’électricité, d’aujourd’hui et de demain.
Notre photo : de l’extérieur, chacune des unités de productions n’est finalement qu’un bloc de béton.
Texte et photo : Philippe Vincent-Chaissac
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