
Il a peint des centaines de toiles, peut-être plus d’un millier… Il en a donné beaucoup car l’homme a le cœur et le pinceau sur la main. Il a rencontré des centaines d’artistes, peut-être pas les plus connus mais peu importe, l’homme a toujours le cœur grand ouvert. Au propre comme au figuré d’ailleurs : il a subi une grosse opération en 1992, une de celles qui vous font ensuite regarder le monde autrement. Il y a chez lui – un chalet qu’il a construit tout seul, du sol au plafond - un morceau du mur du Berlin, un canari dont la cage est ouverte, quatre livres d’or débordant de signatures et de photos ! Il ne sait pas par quel bout commencer pour raconter sa vie. L’enfance sous le signe de la misère, la guerre d’Algérie, le bois qu’il taillait et sculptait, la rencontre avec Henry Allingham : 112 ans et doyen des vétérans de la Grande Guerre… « Tout ou presque est dans mon livre », lance enfin Christian Denis qui, avec le concours d’Élodie Dewerdt, a couché ses souvenirs sur le papier. Soixante-seize pages « pour laisser des traces écrites, pour dire merci à tous ces gens que nous avons côtoyés ».
Christian Denis et Tonia, son grand amour, ont « tenu » durant près d’un quart de siècle un café-brasserie (à l’époque c’était du jamais vu à la campagne !), sûrement l’un des plus connus de l’Audomarois : « Au rendez-vous des artistes » à Inghem, village situé près de Thérouanne. L’endroit recevait en effet tous les chanteurs, animateurs qui avaient « enchanté » les ondes de RDL, la radio locale basée à Racquinghem. Une autre époque. Convivialité forcenée et thé dansants endiablés. « Nous voulions avant tout apporter du bonheur aux gens », dit Christian. Ce bonheur qui n’avait pas toujours frappé à sa porte.
Christian Denis est né le 6 octobre 1939 à Bleue-Maison, lieudit d’Éperlecques… Premières années marquées par les bombardements et une maison anéantie en 1944, toute la famille se retrouvant à Holque chez la grand-mère paternelle. « Il fallait se battre pour survivre » confie Christian dans sa « modeste biographie ». Se battre et dessiner : le gamin est doué et file à Paris, après son certificat, chez « Tonton Pierre ». Il fréquente les Beaux-Arts, apprend l’ébénisterie et retrouve Watten à seize ans et demi. CAP et brevet industriel sont décrochés avec brio mais à vingt ans Christian est rattrapé par la guerre. Il va passer vingt-huit mois et une semaine sous les drapeaux, « pour crapahuter dans le Djebel ». Puis la vie reprend ses droits avec ses grands bonheurs (le mariage, la naissance des enfants) et ses galères. L’année 1977 marque un tournant, quand Tonia et Christian rachètent le café de la Mairie à Inghem… qui devient « Chez Tonia ». « Il y avait de l’ambiance et nous sortions de l’ordinaire ! » Le couple a constamment voulu sortir de l’ordinaire, même dans les moments les plus graves… Et Dieu sait qu’il y en eut. En juillet 2001, ils ferment la porte du « rendez-vous des artistes » : « nous avons traversé un trou noir ! » Fort heureusement, il y avait le chalet, la peinture, et une nouvelle passion… le camping-car, pour filer le plus souvent possible à Wissant ou Équihen. Chapeau de cow-boy et queue de cheval, Christian Denis est un « artiste pas comme les autres » qui n’aura eu qu’une seule devise dans sa vie : « se distinguer et toujours faire plaisir ».
Contact : 341, rue d'Helfaut 62129 Inghem
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
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