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| Robert Motte remercie la ville d'Arras pour son accueil. |
La Famaf, Fédération nationale des associations d’anciens maires et adjoints de France tient son congrès à Arras du 5 au 7 octobre 2010 à l’hôtel Mercure-Atria. Mardi 5 octobre : première véritable journée arrageoise pour les Famafiennes et les Famafiens. Les deux cents congressistes sont entrés dans le vif du sujet, et lors des différents ateliers programmés au cours de l’après-midi, ils ont taillé leurs expériences, soudé leurs compétences, assemblé leurs remarques… Travaux pratiques qui seront revus, corrigés, notés durant cette matinée du mercredi 6 octobre. Séance plénière l’après-midi en présence du Médiateur de la République, du Président du conseil général du Pas-de-Calais.
À mi-chemin entre Gap et Briançon, dominant la Durance, la ville d’Embrun – 7 000 habitants – est une des plus ensoleillées de France ! Elle est surnommée « la Nice des Alpes ». Fort heureusement, le président de la Famaf, Robert Motte, ancien maire d’Embrun de 1991 à 2001, n’a pas été dépaysé en arrivant à Arras (bercée par la Scarpe) : le soleil était de la partie ce lundi. Un soleil très discret le lendemain – doux euphémisme - mais ses caprices ont été largement gommés par la grande chaleur dont ont fait preuve les bénévoles de l’Adama 62, association des anciens maires et adjoints du Pas-de-Calais. Mardi matin, ils n’ont pas eu une minute de repos, confrontés aux vagues de congressistes « débarquant » à l’hôtel Mercure. Et toujours avec le sourire. Le général Motte a constaté l’efficacité des troupes de J.-P. Guilluy.
Comment servir encore ?
En tenant son congrès à Arras, la Famaf a fait le bon choix. « Nous voulions faire un congrès en ville pour que les anciens élus restent dans la cité, a rappelé le président Motte lors d’une conférence de presse. Pourquoi Arras ? L’association du 62 a largement prouvé sa vitalité lors de ses assemblées. » Un congrès en ville « capital » au yeux de la Famaf : « Notre problème actuel, c’est d’essayer de faire reconnaître notre expérience. Les anciens maires sont au service des décideurs… » Le discours du président Motte est clair : utiliser les retours d’expérience. « Il serait bon que ceux qui décident connaissent les points de vue des anciens élus », dit-il. Surtout lorsque ces anciens élus, libérés de toute contrainte électorale, fidèles plus que jamais aux vertus républicaines et au bien commun, ont rejoint des associations. Associations qui ne sont plus vraiment de simples amicales. Toutes se sont lancées délibérément dans l’engagement civique, bien au-delà de l’amitié et de l’entraide. « Tous les anciens maires sont des démocrates et ce qui fait la démocratie c’est le bulletin de vote… Le citoyen fait sa propre vie par le bulletin de vote », martèle Robert Motte. Lutte contre l’abstention électorale, développement de la Marianne du civisme en impliquant les conseils généraux par exemple, émulation civique dans les établissements scolaires, retours d’expériences encore et toujours, seront au cœur de ce congrès 2010. « Le thème de notre rassemblement reste ‘Comment servir encore, aujourd’hui, au point où en est la fédération’, estime son président, et dans quelles directions aller ? » Une chose est sûre : dans le Pas-de-Calais, les anciens maires et adjoints ne perdront pas le nord…
Parcours de maire
Militaire de carrière, le général Robert Motte a « posé son sac » à l’âge de la retraite dans son « pays d’origine », Embrun, presque immédiatement incorporé dans le bataillon des élus locaux… « par hasard », sourit-il. En 1989, il est adjoint : « Le maire m’avait dit ça te prendra juste une demi-journée par semaine pour la réunion des adjoints… » Demi-journée à rallonge. Deux ans plus tard, le maire meurt et Robert Motte prend sa place. Une nouvelle carrière pour l’ancien militaire. « Mon meilleur souvenir : avoir continué les projets de mon prédécesseur en donnant un coup d’accélérateur. Le pire : l’exigence toujours plus grande, et ça a monté en dix ans, du citoyen, qui veut tout, tout de suite et gratuitement. » Revenu au grade d’ancien maire, toujours dépositaire de compétences, Robert Motte a pris la tête des anciens maires des Hautes-Alpes (220 au total) puis de la Famaf où il a succédé au fondateur Pierre Ludin. Le docteur Ludin, ancien maire de Saint-Jean-de-Niost dans l’Ain, a « soigné » la fédération quinze ans et demi durant. En lui donnant des lettres de noblesse. Ils étaient quatre départements en 1993 (Isère, Ain, Côte-d’Or et Morbihan), ils sont une cinquantaine en 2010. Et 5 000 membres actifs. Des membres très actifs. Notamment lors des ateliers organisés ce mardi après-midi dans le cadre du congrès arrageois. Les anciens maires et adjoints présents sont assidus et motivés. La Famaf est là pour travailler, pour comparer les retours d’expériences – expression récurrente à l’hôtel Mercure ! Pour avancer, ni au pas de charge ni en rampant mais bel et bien en s’appuyant sur le vécu des associations départementales. Oui ça bosse dans les départements ! Dans les Yvelines par exemple. Yves Guibert, président de l’Adamy (78) et ancien maire de Marly-le-Roi a animé l’atelier « contre l’abstention ». Avec cette action essentielle que sont les « Mariannes du civisme » que la Famaf souhaite étudier sous toutes les coutures. Les Yvelines ne lésinent pas non plus sur les « actions civiques » détaillées dans le deuxième atelier. Hélène Brame a présenté les interventions dans les écoles, collègues, lycées. Pyramide des institutions françaises, symboles de la République : « Nous répondons vraiment à un besoin et nous travaillons dans la plus stricte neutralité ». Cette charte éthique, déontologique qui transforme les anciens maires du Pas-de-Calais, de l’Ain, des Landes, etc. en professeurs d’instruction civique. La participation des associations d’anciens maires aux cérémonies de naturalisations a également été analysée. Avec ce sentiment que les représentants de l’État (préfets, sous-préfets) ne sont pas tous des fans des anciens maires, hommes de bonne volonté et serviteurs de la République ! « Il faut que la Famaf intervienne auprès du ministre de l’Intérieur pour qu’ils nous invitent à chaque fois », s’est emporté André Delelis, ancien maire de Lens (62) et ancien ministre. Très applaudi. La communication, les activités d’amitié, les rapports entre élus et anciens élus ont également mobilisé les anciens maires.
Le sénateur et la Famaf
Il est un fait acquis : les rapports entre le sénateur-maire d’Arras et les anciens maires sont au beau fixe. Jean-Marie Vanlerenberghe a quitté délibérément le Palais du Luxembourg en plein débat sur les retraites pour venir saluer la Famaf dans la magnifique salle d’honneur de l’hôtel de ville avec sa fresque aux 800 personnages et 170 maisons. « Vous êtes ceux qui ont tracé la voie. Le sillon creusé, il faut le travailler et toujours semer », a lancé le premier magistrat. « Le métier de maire ça ne s’arrête pas », a-t-il ajouté avant de dresser un vibrant plaidoyer en faveur des communes, à l’heure de la réforme des collectivités territoriales. « Si nous perdions les communes, nous serions obligés de les recréer ! » Hommage encore aux maires, « être maire c’est aimer les gens », a conclu l’édile arrageois. Robert Motte avait dit exactement la même phrase quelques heures plus tôt devant des journalistes. « Et on aime rencontrer des gens qui aiment les gens », répondit le président de la Famaf au sénateur-maire !
Deuxième fait acquis : Famafiennes et Famafiens sont tombés sous le charme d’Arras. Séduits et surpris par une ville dont la municipalité a sorti le grand jeu pour accueillir leur congrès. « Beaucoup d’entre nous avaient en tête le côté caricatural du Nord », a reconnu Robert Motte… Ils ne l’ont plus.
Une expérience à faire partager
Si certains élus en exercice pensent qu'en politique, « on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables », il est des exemples qui viennent parfaitement prendre le contre-pied de la formule de Georges Clemenceau.
L'atelier sur les rapports entre anciens élus et élus en place a donné des raisons d'espérer, des illustrations de situations où l'ancien maire existe réellement. Les ex-premiers magistrats ont encore des choses à dire, une expérience à faire partager, une certaine idée de la vie communale qui ne peut que servir le bien commun. Il s'agissait hier plus de poser des pistes de réflexions que de tirer des conclusions. Dans chaque département, les conditions de vie diffèrent pour les associations d'anciens maires, avec un grand écart entre l'élu qui ignore leur existence même et celui qui travaille en collaboration avec son prédécesseur sur un sujet précis.
Robert Motte, président de la Famaf, s'est empressé de brandir l'exemple vendéen et sa maison des communes où coexistent le Centre de gestion de la fonction publique territoriale, l'Association des maires de Vendée, l'Assemblée des communautés de Vendée, le Fonds départemental d'action sociale, GéoVendée et donc l'Association vendéenne des anciens maires. Des entités juridiques différentes qui œuvrent ensemble au profit de la collectivité. Mais « le cas Vendée » n'est pas la règle.
Robert Motte estime que les anciens maires ont encore « un rôle à jouer de façon ponctuelle, sur des sujets d'intérêt national, à l'image de la réforme des collectivités territoriales, sans toutefois entrer dans la vie politicienne ». Pointe une suggestion toute symbolique : « Le citoyen a besoin d'une continuité dans sa municipalité, on pourrait travailler à ce que les portraits des prédécesseurs soient systématiquement érigés dans les mairies, comme les premiers ministres à Matignon ». Survient alors un bel exemple de continuité justement, le témoignage de Jean-Pierre Beneytout (photo), ancien premier magistrat de Saint-Savinien en Charente-Maritime. Dans le cadre d'un plan communal de sauvegarde - une obligation pour les communes qui ont un plan de prévention des risques- il participe aux côtés de son successeur au recensement des risques et des moyens humains et matériels à mettre en œuvre en cas de catastrophe naturelle. Une illustration certes locale, mais des plus concrète.
Texte et photos : Christian Defrance et A. Top
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