
Des États-Unis au… Pas-de-Calais, la crise financière sème l’inquiétude. Crise financière suivie d’une crise économique et d’une crise sociale : tout le monde en parle. Le conseil général du Pas-de-Calais aussi. C’est à la demande du groupe communiste que les 77 conseillers généraux ont débattu la question de cette crise lors de la séance plénière du 24 novembre dernier. Avec des interventions finalement très politiques, chacun s’accordant à reconnaître que trop de pouvoir a été donné à l’économie par rapport au politique. « La finance est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls financiers », lança même le président Dominique Dupilet.
Au nom du groupe communiste, Dominique Watrin considéra que « cette crise durable est la crise du système capitaliste ». Une crise dont les répercussions à l’échelle du Nord – Pas-de-Calais se font déjà sentir ; D. Watrin réclamant la convocation d’une « Conférence régionale avec élus, syndicats afin de mettre en place un levier financier pour obliger les banques à prêter à moindre coût pour l’investissement productif, le maintien et la création d’emplois ». Le président du groupe communiste évoqua également l’avenir des départements, martelant que « le gouvernement veut faire payer la crise non seulement aux habitants mais aussi aux collectivités locales, en détournant au passage la colère sur les élus locaux ». Pour Dominique Watrin, les départements jouent un rôle irremplaçable (solidarité, aménagement du territoire…).
Jean Urbaniak qui n’appartient à aucun groupe au conseil général, ne cacha pas qu’il souhaitait livrer quelques réflexions « très MoDem » (le mouvement de François Bayrou). Michel Lefait (PS) aborda la situation délicate du bassin d’emploi de la région de Saint-Omer où Arc International n’a pas remplacé 5 000 postes, le papetier Cascades à Blendecques supprime 100 emplois ! Jean-Claude Leroy (PS) se pencha sur l’économie laitière (2 400 producteurs dans le département, 1 500 transformateurs) qui souffre de dérégulation ; et sur l’artisanat (13 950 entreprises dans le Pas-de-Calais, 40 000 salariés) « confronté à l’accès au crédit de plus en plus compliqué ». Le vice-président du conseil général se dit « révolté par ces financiers qui ont fait de l’économie mondiale un casino ! » Que faut-il faire ? « Régulation financière, selon J.-C. Leroy. Ne pas donner d’argent sans contrepartie. Donner un droit de regard, un pouvoir d’orientation de la collectivité publique dans le capital des banques, des entreprises… »
Trop de pragmatisme ?
Prise de parole délicate pour Michel Petit, président du groupe Union @ction 62 (l’opposition au sein du conseil général), bien décidé à défendre les mesures prises par le président de la République et le Gouvernement. « Vous critiquez sans cesse l’État, lança M. Petit aux élus socialistes et communistes, rassemblons-nous plutôt pour agir ! » Selon lui, le conseil général doit « réfléchir encore plus sur des projets innovants ».
Au nom du groupe socialiste, Alain Lefebvre intervint à son tour pour « lister » les conséquences de la crise sur le Pas-de-Calais et sur le conseil général. « Conséquences désastreuses pour le Pas-de-Calais et ses habitants, dit-il. BTP, logement, industries papetières, agroalimentaire, automobile, etc. Aucun des territoires du département ne sera épargné. » Tableau très noir, A. Lefebvre mettant en cause « le pragmatisme devenu une religion de l’État Sarkozy ». Et pour le Département – en tant qu’institution – Alain Lefebvre a prôné « la prudence » après avoir rappelé que le conseil général bénéficie d’une saine gestion financière, grâce à la rigueur de ses exécutifs successifs. Le président du groupe socialiste terminant sa prise de parole par un vibrant plaidoyer en faveur collectivités locales… Rejoint par Dominique Dupilet, le président du conseil général : « C’est un véritable avis de tempête qui menace de s’abattre sur les collectivités locales aujourd’hui. Dans un contexte de crise financière mondiale, les finances des départements connaîtront de fortes tensions du fait du projet de loi de finances pour 2009 que le gouvernement a présenté. Tous ceux qui s’intéressent au sujet sont d’accord : en 2009, les collectivités territoriales assumeront les mécomptes budget de l’État. Toutes collectivités confondues, le manque à gagner sera de l’ordre de 734 millions d’euros, dont plus de 250 millions d’euros pour les seuls départements. » Le président Dupilet cita la baisse constatée du produit des droits de mutation à titre onéreux, les effets du plafonnement de la taxe professionnelle, et sa suppression annoncée pour les investissements futurs. Les mesures prises par le gouvernement dans le projet de loi de finances ne vont pas dans le bon sens selon lui. « Alors que les collectivités territoriales sont les moteurs de la croissance, du développement, et de l’emploi local (73% des investissements publics sont réalisés par les collectivités), le gouvernement leur rogne les ailes. Dans ces conditions, comment faire en sorte que les collectivités territoriales, et les départements en particuliers, continuent à jouer leur rôle de bouclier social et de bouclier territorial ? » Les relations financières entre l’État et les collectivités territoriales ne sont pas sereines : « il y a une profonde méfiance des collectivités qui subissent années après années les décisions de l’État de modifier le régime de leurs dotations sans qu’elles puissent à aucun moment faire valoir leur point de vue et cela en contradiction avec le principe d’autonomie financière qui doit prévaloir. » Soulignant à son tour la saine situation financière du Département, D. Dupilet précisa que « les ressources sont aussi limitées, quand elles ne sont pas de fait pillées par la gestion à la petite semaine des finances publiques du gouvernement. Les habitants du Pas-de-Calais savent depuis longtemps qu’ils peuvent compter sur nous. Nous ne les abandonnerons pas à leur propre sort quand ils viendront nous demander de l’aide. Il nous faudra donc assumer nos choix jusqu’au bout pour être à la hauteur de nos responsabilités. »
Concernant la crise proprement dite, Dominique Dupilet estima donc que « trop de pouvoir a été donné à l’économie. Le politique doit reprendre la main. »
Prochaine séance plénière du conseil général du Pas-de-Calais le 15 décembre avec le débat d’orientation budgétaire.
Légende : « Un département responsable doit continuer à investir, anticiper et aider ses habitants s'il veut au cœur même de la crise, préparer l'après-crise » affirma Dominique Dupilet.
Chr. D. / Photo : Philippe Vincent-Chaissac
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