
Émeute à la Fabrique de théâtre de Culture commune – Scène nationale à Loos-en-Gohelle. Des centaines de personnes se sont précipitées vendredi pour découvrir les nouvelles représentations des « Veillées » de la Compagnie HVDZ. Dans son propos introductif, le directeur de la compagnie, Guy Alloucherie, s’est ému. « Nous avons été reçu dans les quartiers qui entourent le 11/19 de façon formidable... » Cette fois encore le concept des veillées a bouleversé le public. La Compagnie l’a inventé avec succès il y a dix ans, quand elle s’est associée à la scène nationale et qu’elle s’est installée sur l’ancien carreau de fosse.
Le schéma qui dirige les « Veillées » est presque identique depuis le début : dans une rue, sous une fenêtre, à côté d’un jardin, les artistes de la compagnie dansent, font une performance ou marchent sur un fil. Le temps d’intriguer la population et d’amorcer un dialogue... Si nécessaire, ils frappent aux portes et arrêtent les passants. Ceux qui le souhaitent et qui ont du temps, partagent alors avec eux un souvenir ou quelques mots ; ils racontent quel objet est le plus « culturel » chez eux ; ils s’attardent sur leur quotidien… Prise de notes et prise de photos, travail plastique et vidéo… les moments précieux sont recueillis jour après jour par les membres d’HVDZ. Reste à habiller ces instants, à les mêler, à les danser… et à les restituer au cours d’un spectacle. La restitution est toujours unique, originale et émouvante.
Celles de vendredi dernier ont attiré les foules. Elles ont dressé, sur ce territoire particulier, un portrait vidéo des habitants du quartier, comme si chaque personne était une œuvre à part entière et que, toutes rassemblées, en formaient une autre. Avec un montage remarquable, avec les gestes des artistes (danse et présence habitée sur scène, lecture, choix des musiques…) est né une Veillée dont on parlera longtemps. D’autant qu’elle-même n’est qu’une partie d’une œuvre elle aussi… Car Guy Alloucherie entend bien mettre en place les « Veillés permanentes » pour « participer, au même titre que le secteur social ou le secteur associatif à améliorer les choses, à réfléchir avec la population à un projet de société. Pour changer le monde comme l’a écrit Marx et changer la vie comme l’a écrit Rimbaud. »
Marie-Pierre Griffon
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