
Un samedi soir sur la terre et devant la télé. Exceptionnellement. Envie de suivre les « Victoires de la musique » pour retrouver Bashung. Le grand Bashung. Talent et courage. Difficile de ne pas verser une petite larme… Bashung ferme toutes les portes en les claquant juste après les avoir entrouvertes ; celles qui mènent à la solitude, à la maladie. Beau et fort. Et puis Bashung retrouve sa place près de Chloé et la soirée s’éternise. Chabada et Dabadie. Fiori et Hallyday. Fioritures et paillettes.
Mon Dieu la croix autour du cou de Johnny ! Arthur H frise le ridicule, tout comme Anaïs avec ses chevaux qui glissent sur la scène. Cali ne réveille pas le public. Et le coup de tonnerre. Nagui annonce Saez – nommé dans la catégorie « meilleur album rock de l’année ». Ce Saez qui depuis des années refuse la télé, la promotion, le clinquant, toutes les compromissions. Nagui insiste en précisant que Saez n’a pas répété… Les pontes de France 2 n’ont pas eu peur, ne connaissant sans doute pas le créateur de « Jeune et con » ou « Marie et Marylin ». Électricité dans l'air ?
Damien Saez débarque comme un chien dans un jeu de quilles. Pas rasé, jeans troués, chemise à carreaux rouges. Rouge vif. Il branche sa guitare. Ses musiciens attendent fébrilement. Il s’assied sur une chaise et sort un carnet noir. Il se met à lire. Un texte inouï. Des mots d’une force incroyable, que la voix de Saez – très proche de celle de Cantat – transforme en arme. Une arme à feu… le feu intérieur : nous sommes sans aucun doute très nombreux à avoir bondi sur un stylo et un bout de papier pour noter. Retenir. Ne pas laisser s’envoler. Saez en colère, Saez démonté. Dénonçant une société malade. Bien sûr d’autres ont eu cette emphase révolutionnaire, cette éloquence désespérée. Mais là, entre les nymphettes de la « Starac » et les vieux beaux « réacs », les phrases ont cinglé. Hérissant l’épiderme. Chair de poule. Lisez !
« Des parents sous anxiolytiques, dans les mines modernes. Faut du gasoil dans la bagnole, rentrer la thune dans ta compagnie. Des bénéfices aux actionnaires et toi qui galères pour payer des fringues à tes gosses. Que t’es triste à mourir. La jeunesse est au shit, à la « c », à la colle. Dis-moi qu’est-ce qu’on lui offre qui vaille mieux que ça, que l’appât du gain, toujours encore, de l’avoir sur nos êtres. Nous n’avons plus de rêve que celui d’oublier. Tu les vus les autres ? Ils ont le regard pauvre, plein de sous dans leurs poches, la commission qu’ils se sont faits pour le crédit de leur bagnole. Ils sont en Porsche ou en Aston, toujours accompagnés d’une conne, ils ont le regard de la mort, le regard de la mort. L’obscurantisme décidément fait des petits de jour en jour. C’est sûr, eux, ils brûlent pas de bagnole. Pendant qu’ils font des farandoles dans leurs putains de boîtes de nuit, dans leurs putains d’assemblées, c’est sûr qu’ils font partie de la communauté. »
Saez jette son carnet noir et pince sa guitare. Mélodie triste et lancinante pour dénoncer le capitalisme, le libéralisme… Soudain les musiciens entrent dans la ronde, faisant exploser le son. Nous avons tous monté celui de la télé. Les guitares saturent, Saez captive. « Embrasons-nous, hurle-t-il. Brûlons la Bourse pour leur donner le change ». Il nous crache à la figure les douze milliards de dollars de bénéfices de Total… Oui, douze milliards de dollars. Nous sommes tous soufflés. Nagui reprend la main pour… féliciter les techniciens ! Un énorme moment de télévision. Implosion évidente. Quelques heures plus tard, la colère de Saez inondait le web, faisait éructer les blogs. Tant mieux. Nous lirons et relirons Saez quand l’heure sera venue de rendre les mots pour les maux.
Légénde : Rendez-vous sur le web, tapez Saez et Victoires de la musique 2009.
Chr. Defrance / Photo : x
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