
Il a fêté ses soixante ans en novembre dernier et un peu plus de vingt-six années de carrière ! Plus d’une centaine de spectacles par an, 17 CD au compteur et deux DVD « live »… Simon Colliez sourit. Les chiffres ne lui ont pas fait perdre la tête : simplicité et authenticité sont ses marques de fabrique. Un bon ouvrier, spécialisé dans la chanson patoisante.
Humble aussi. « Je n’ai jamais frappé aux portes », dit-il. Elles s'ouvraient comme par enchantement. Sait-on que Simon a refusé de signer un contrat avec Virgin, la puissante maison de disques ? C’était en 1993, après la « belle aventure » avec Renaud. Sur le tournage du film Germinal, Renaud entendait les figurants chanter en patois, persuadé qu’ils fredonnaient de très vieilles chansons. C’était du Simon Colliez ! Quand le « chanteur énervant » eut l’idée de sortir un album baptisé « Renaud cante el’Nord », il fit naturellement appel au bon ouvrier. « J’ai participé à l’enregistrement du disque puis à deux spectacles (Wazemmes et Hesdigneul-lès-Béthune). Et je peux me vanter d’avoir eu Renaud comme choriste quand il m’a invité sur le devant de la scène. » Une belle aventure, mais de là à signer avec Virgin ! « On avait l’impression de tout perdre », assurent en chœur Simon et Brigitte son épouse. Surtout la simplicité et l’authenticité. « Simon, il fait tout… tout seul » répétait Renaud. Studio à la maison. Composition bien sûr. Promotion et distribution. Il n’y a que l’écriture qui est partagée avec la fine fleur des patoisants, notamment Guy Dubois et Bertrand Cocq : les deux compères qui ont mis Simon Colliez sur les rails.
Des fans normands !
1982, explosion des radios libres. Simon Colliez, musicien de bal réputé, dont l’orchestre (Alpha) vient de raccrocher ses instruments, réalise des jingles pour Radio Alfa à Auchel. Guy et Bertrand y animent une émission patoisante qui casse la baraque. Simon leur propose un jour « Louis par chi, Louis par là ». La chanson fait exploser le standard téléphonique. Un producteur s’en mêle, sortie du premier 45 tours en octobre 1982, première scène en avril 1983 à Auchel. Le phénomène était en marche. Une belle-mère, un biau-père, un d’mi, ch’terril d’Rimbert, etc. Simon chante la convivialité, la malice, nos petits travers et nos bons côtés. Notre bonne mine, et la fosse ! « Le patois, je l’ai toujours parlé. J’ai vécu dans les corons. Dans mes chansons, chacun retrouve quelque chose qu’il a connu, vu, entendu. » À côté du patois, Simon Colliez a pris le pli de poser couplets et refrains en français, explorant le registre de la variété sentimentale. L’amour toujours l’amour, avec une voix quelque part entre Sardou et crooners américains. Ce n’est pas du grand art. C’est simple et authentique, à l’image de Simon. Touchant et sincère. Beaucoup se sont cassé les dents sur le patois et la bluette ; lui les croque depuis vingt-six ans. Contre vents et marées. La vague « Bienvenue chez les Ch’tis » ne l’a guère secoué. « On m’a seulement demandé de chanter à Perpignan ! » Il a refusé. Simon préfère s’exprimer devant ceux qui le comprennent. Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne, frontière belge. Sa grande surprise est d’avoir du succès en Normandie, plus précisément dans le Pays cauchois. « Nos patois se ressemblent. » Heureux hasard, les Cauchois sont aussi les habitants de Cauchy-à-la-Tour où vivent les Colliez. Alors tous les Cauchois ont salué la sortie récente d’un coffret « collector » de Simon Colliez. Un quart de siècle en trois CD, avec d’anciens titres introuvables. Pour saluer une carrière en trois dimensions : famille, mine et amour. Simon par chi, Simon par là et pis Simon i’est toudis là.
Légende : Simon Colliez lors de l'enregistrement de son DVD en 2007. Il se produit actuellement avec Bertrand Cocq dans un spectacle intitulé « Bertrand et Simon i vont vous dire quoi ». C'est « très beau et différent » dit le chanteur. Une vraie déclaration d'amour au patois.
Christian Defrance / Photo : F. Colliez
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