
Sur la route départementale 117, Beauvoir-Wavans est la dernière commune du Pas-de-Calais avant d’entrer dans la Somme… Un paisible village traversé par l’Authie où le visiteur sera peut-être surpris de découvrir un cimetière militaire britannique. À Wavans, de mai à septembre 1918, quarante-trois soldats furent inhumés. Ces 43 tombes sont toujours parfaitement entretenues par la Commonwealth War Graves Commission. Et le visiteur sera sans doute encore plus surpris d’apprendre que deux héros de la Grande Guerre reposent à Wavans. Deux héros de l’aviation, un Britannique et un Australien.
James Thomas Byford McCudden, surnommé « Old Mac » ou encore « le Baron rouge britannique », fut un pilote emblématique de la Royal Air Force, passé du statut de mécanicien à celui de major. McCudden avait remporté 57 duels aériens ; il était le pilote le plus décoré de la RAF créée le 1er avril 1918. « Old Mac » succomba à ses blessures le 9 juillet 1918 après s’être écrasé dans un bois à proximité d’Auxi-le-Château. Probablement une panne de moteur. Le très expérimenté pilote s’était posé à Auxi pour se renseigner sur la situation de l’aérodrome de Boffles où il devait prendre le commandement de l’escadron n° 60. Il venait de redécoller quand survint la défaillance technique. McCudden était une célébrité en Angleterre où le journal « Daily Mail » l’avait hissé au rang de chevalier du ciel.
Né à Gillingham, près de Rochester dans le Kent, le 28 mars 1895, fils de simple soldat, James quitta l’école à 14 ans. Il rêva très vite d’imiter son frère aîné William qui avait rejoint le Royal Flying Corps… William lui donna d’ailleurs ses premières leçons de pilotage. Finalement incorporé en tant que mécano, James se retrouva en France au début de la guerre. Autorisé peu à peu à voler mais comme « mitrailleur observateur ». Il décrocha sa licence de pilote en Angleterre en avril 1916 et fut affecté à l’escadron n° 20 basé à Clairmarais puis au n° 29, abattant son premier avion ennemi le 6 septembre 1916. Ses supérieurs n’allaient pas tarder à réaliser que le jeune homme tranquille et modeste était un pilote exceptionnel. Se frottant d’ailleurs en décembre 1916 à l’Albatros du mythique Von Richthofen. Promu officier au début de l’année 1917, James McCudden regagna l’Angleterre pour former de jeunes pilotes – il sympathisa avec « Mick » Mannock – et intercepter les bombardiers allemands attaquant Londres. En juillet, « Old Mac » rejoignit le prestigieux 56e escadron équipé de nouveaux avions, les SE5a. Escadron dont il prit rapidement le commandement.
De l’été 1917 au printemps 1918, le nouveau héros multiplia les actes de bravoure, les exploits dans le ciel de France. Il apportait à ses combats aériens une touche quasi-scientifique, enrichie par son expérience de mécanicien puis d’observateur. « Old Mac » volait plus haut que les autres !
Le « Daily Mail » avait fait de lui un working-class hero, une « vedette » de la bonne société londonienne mais cela n’enthousiasmait pas McCudden qui préférait la compagnie de Mannock ou celle d’une danseuse du « West End theatre ». Au grand dam du ministre de l’Air, James McCudden voulait retourner au front ! Il obtint gain de cause et fut nommé en juillet 1918 à la tête du 60e escadron, basé à Boffles dans le Pas-de-Calais. Le 9 juillet au matin, McCudden avait rendu visite à sa sœur, lui laissant une enveloppe contenant toutes ses médailles (Croix de guerre, Médaille militaire, Victoria Cross, etc.).
Trois semaines après la mort de James, Mannock était abattu au-dessus des lignes allemandes. Et six semaines plus tôt (durant la nuit du 27 mai 1918), à Nœux-lès-Auxi, juste à côté de Boffles, s’écrasait l’avion de Robert Alexander Little, 23 ans, considéré comme l’as des as australien : 47 appareils ennemis abattus. Mortellement blessé, Robert Little fut retrouvé le lendemain matin, enterré d’abord à Nœux puis au cimetière de Wavans.
SR : Chr. D. / Photos : x
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