Le Pas-de-Calais est gâté ! La météo n’y est pour rien… Encore moins le Gouvernement qui aurait plutôt tendance à punir un département trop rose à son goût. Bref, une espèce de jubilation règne chez nous, nourrie par le passage dans nos salles de spectacles des plus fines gâchettes de… l’Ouest de la chanson française. Des cowboys de la scène qui ont vaincu dans les années 90 les « shérifs » » de la conformité et amené dans nos plaines de nouveaux troupeaux de fans.
Le Colisée de Lens accueillait samedi dernier – le 6 mars 2010 – Dominique A, étiqueté comme l’un des fondateurs de cette nouvelle scène française. Le minimalisme, le rock, l’héritage de Bashung et de Manset, une écriture acérée, une voix à nulle autre pareille. Depuis 1991, Dominique A su imposer sa classe, sa « gravité légère ». Loin des sentiers battus – par les vents dominants du showbiz -, il a toujours, comme « ses oiseaux courageux », chanté dans « le vent glacé ».
Le Colisée lensois était copieusement garni ; des trentenaires et des quadragénaires complètement acquis à la cause de l’artiste. Après une apparition en première partie : un duo avec l’excellent Saule, Dominique A n’eut donc aucun mal à « hypnotiser » la salle. Hypnotiser, le mot n’est pas trop fort… D’abord, sa main droite qui oscille comme un serpent, se frayant un chemin dans un univers où la musique est devenue de la matière. Sa voix ensuite, catalysant toutes ses émotions ; un peu tremblante, un peu chevrotante mais tellement captivante. Petite parenthèse pour souligner la qualité du son ! C’est le paradis quand le spectateur comprend ce que dit le chanteur… Sa main droite, sa voix et ses musiciens enfin. Sébastien Buffet à la batterie, David Euverte aux claviers, et Thomas Poli aux guitares et aux machines. Parfaite osmose. Thomas Poli éblouissant, apportant une touche « postrockienne » aux mélodies virevoltantes de Dominique A. Comme si Manset, encore lui, avait croisé la route d’un disciple électronique des Pink Floyd ; comme si la dark wave avait ensorcelé la rumba. Quel concert mes aïeux ! Et quatre chansons magnifiques, celles qui figurent sur ce petit album en vente uniquement sur la tournée : « Gisor », « Manset », « Sarah Bristol » et « Chambre d’écho ». Elles résument à merveille le parcours musical et intellectuel de Dominique A. Elles sont indispensables à vos oreilles.
Populaire et pas putassier
Si le cowboy Dominique A est rapide à la détente, le Comanchero Miossec tire plus vite que son ombre ! Miossec, tête d’affiche – Wanted ! – du festival les Enchanteurs et présent ce mardi 9 mars 2010 – à l’Odéon, l’impeccable petite salle d’Auchel. Prix des places : 12 euros ! « Putain, s’exclame le Miossec, on voit que vous êtes sinistrés ! » Tu n’as pas changé Christophe. Un peu plus « mis au sec » que lors de ses précédentes apparitions dans le Nord et cela à la grande joie des aficionados. Miossec et son genou foireux, « Petit Corps Malade » lâche-t-il, boxant le pied de micro transformé en punching-ball, occupant l’espace comme un acteur shakespearien. Pilier lui aussi de la nouvelle scène française, Miossec, auteur prenant de la hauteur – ses textes sont des bijoux d’écriture -, bateleur du verbe, rockeur à l’âme punk, est un écorché vif. Son sourire est signal de détresse, signal de « détreste » pour rimer avec « Brest », sans doute la plus belle chanson du Breton (et très fier de l’être). À égalité avec « La mélancolie » ? « La mélancolie c’est communiste, tout le monde y a droit de temps en temps. La mélancolie n’est pas capitaliste, c’est même gratuit pour les perdants. La mélancolie c’est pacifiste, on ne lui rentre jamais dedans. La mélancolie oh tu sais ça existe, elle se prend même avec des gants. La mélancolie c’est pour les syndicalistes, il faut juste sa carte de permanent. » Un Miossec parfaitement entouré : Robert Johnson, guitariste anglais très inspiré (et ancien complice d’Étienne Daho), Nicolas Stevens, violoniste génial, Arnaud Dieterlen à la batterie et Bobby Jocky à la basse. Quatre as autour d’un valet de pique qui ne manque pas de cœur. Et une salle qui ne resta jamais sur le carreau, surtout quand son « cher » Christophe reprend « Osez Joséphine » de Bashung, ou quand il lève le poing : « Travailler pour qui pour quoi pour quel résultat pour quelle vie tu crois… »
Miossec a dit de Dominique A (ou plutôt écrit, dans Paris Match) qu’il est : « Populaire sans être putassier, ce vaste chantier où Alain Bashung était le grand chef des travaux. » Alors, vive les chanteurs populaires ! Continuez le chantier dans le Pas-de-Calais.
Texte : Christian Defrance / Photos : www.echo62.com
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