La faim dans le monde fait plus de morts que la guerre. Et la crise alimentaire que nous avons connue il y a peu, est le signe que la quantité d’aliments disponibles peut diminuer.
Le climat change, l’énergie disponible baisse, la surface cultivable aussi… Autant de facteurs aggravants qui nous obligent à faire attention de bien conserver l’équilibre entre la demande et l’offre. Pour Edgar Pisani, ancien ministre de l’Agriculture, âgé de 92 ans, et aujourd’hui considéré comme un sage : « avec 9 milliards d’êtres humains, nous avons besoin de toutes les agricultures du monde… Celles qui ont existé, celles qui existent et celles qui n’existent pas encore ». Aujourd’hui, il faut se consacrer aux troisièmes et se pencher sur le cas de l’Afrique qui concentre deux tiers des affamés du monde alors qu’il y a beaucoup de terres disponibles. « Nous nous sommes servis de l’Afrique, dit-il, pour avoir des bananes et des ananas, mais nous n’avons rien fait pour l’agriculture vivrière. Nous avons découragé la production agricole en Afrique ». Et Edgard Pisani qui a participé à la mise en place de la Politique agricole commune, de s’accuser d’y avoir contribué, en favorisant l’aide alimentaire qui va à l’encontre de l’idée qu’il faut travailler pour se nourrir.
Des menaces de tous ordres pèsent aujourd’hui sur la production agricole mondiale et, pour lui, il devient urgent de mettre en place un Conseil de sécurité alimentaire et environnementale. « L’eau, les terres, les savoir-faire ne manquent pas… Ce qui manque c’est la volonté politique ». Pour Edgar Pisani, l’idée des jardins ouvriers est à copier, pour faire en Afrique (et ailleurs) des jardins vivriés permettant d’installer des paysans sans terres à qui l’on apporterait l’eau, les outils… Se dressant contre le principe marchand qui conduit à détruire les agricultures pauvres parce que nous produisons bon marché, il propose de régionaliser le monde : la Russie, la Chine, l’Inde, l’Amérique latine, les Etats-Unis, l’Europe… et l’Afrique vers qui, il est urgent de porter nos efforts. « Cela suppose beaucoup d’argent, pour investir dans l’achat de tracteurs, dans l’irrigation… Mais qu’est ce qui coûtera le plus cher ? La subvention ou l’abandon de l’Afrique ? »
Pour Edgard Pisani qui apportait le mot de conclusion à une journée organisée par le conseil général sur le thème de la ruralité dans notre département, nous avons à faire chez nous aussi, pour protéger le foncier agricole, limiter les emprises des voies de chemin de fer et des routes, pour ne plus construire hors des villes… Pour préférer l’exploitation familiale. Pour entrecroiser les réflexions locales et mondiales… comme le fait le Pas-de-Calais.
Notre photo : Edgard Pisani avec sa droite Jean-Claude Leroy, vice président du conseil général.
Texte et photo : Philippe Vincent-Chaissac
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