
La plupart des « Inédits d’Europe » programmés dans le cadre du festival international « L’Autre cinéma » à Arras réservent des bonheurs qu’en général on n’oublie pas. L'Étranger en moi d'Emily Atef n’échappe pas à la règle. L’histoire, la qualité de la réalisation et le talent de l’actrice principale marqueront longtemps les spectateurs.
Celles qui avancent haut et fort que le plus beau jour de la vie d’une femme est celui de la naissance d’un enfant, peuvent ranger les grenouillères dans les tiroirs. Emily Atef et Esther Bernstorff coscénaristes de L'Étranger en moi viennent de faire la démonstration du contraire. Elles ont mis en scène Rebecca, une jeune fleuriste, souriante, enceinte et amoureuse de son ami Julian. Quand le petit Lukas vient au monde, rupture. La mélancolie a remplacé le sourire et la jeune mère passe de l’indifférence à l’ennui, puis de l’ennui à l’aversion. L’amour maternel ne serait donc pas inné ? Difficile pour son entourage de ne pas la considérer comme un monstre. Difficile aussi pour le spectateur, surtout quand elle semble devenir un danger pour l’enfant. C’est de la propre mère de Rebecca que viendra le secours. Sa visite chaleureuse, compréhensive et aimante renversera doucement la situation. Comme quoi, le thème de l’amour maternel n’est pas si simple !
Susanne Wolff interprète avec beaucoup de pudeur et de retenue cette jeune mère en dépression post-natale. Elle s’installe avec justesse dans des scènes longues, peu bavardes, même si les premières images la découvrent vive et haletante, fuyant dans la forêt. Un procédé de narration qu’on comprend être plus tard un flash-forward, qui aura mis en valeur le point culminant de la dépression et désorienté le spectateur, comme l’est le personnage.
Marie-Pierre Griffon
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