Dans le cadre de la compétition européenne, où une dizaine de films totalement inédits en France se disputent le premier prix du pubic et le premier prix du jury professionnel, « C’est déjà l’été » aura été un coup de massue.
Les spectateurs
sont sortis écrasés, étouffés, plombés. La présence prenante de l’acteur principal, Patrick Descamps, à l’issue de la projection, aura peut-être même ajouté à la déprime. Superbe et remarquable film que cette œuvre belgo-néerlandaise. L’histoire se passe à Seraing, dans la banlieue industrielle de Liège, et commence par : « Tu fais quoi aujourd’hui ? » - « Rien ! » Tout est dit. Ennui, désœuvrement, chômage, pollution, misère affective, économique, intellectuelle. Au point d’être gênés d’être assis là, dans ces chouettes fauteuils du Cinémovida, du haut de notre Festival, à regarder la pauvreté comme des anthropologues. Au point de se sentir totalement indécents. Car le film a des aspects documentaires, certaines scènes filmé&es en Super 8. Le réalisateur Martijn Maria Smits est resté trois mois et demi à Seraing, à vivre au milieu du gris, du froid, de la désespérance qu’il a ensuite remarquablement filmés. Seuls Patrick Descamps et Julie Anson qui joue Marie, la jeune maman de l’histoire, sont acteurs professionnels. Les autres, tous les autres, sont des gens du cru. Même le petit délinquant Benjamin, 15 ans, un des principaux acteurs de « C’est déjà l’été ». Un titre ironique, presque méchant, mais comment peut-on ne pas l’être quand la vie n’a pas de repos, et n’a d’autre issue que l’Armée du salut ?
Marie-Pierre Griffon
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