Esthétique, vivifiant, épanouissant, « galvanisant »… « Pieds nus sur les limaces »*, le deuxième film de Fabienne Berthaud, diffusé en avant-première au festival d’Arras, a conquis le public. C’est une délicieuse histoire de famille… Clara (Diane Kruger) est citadine, mariée, responsable, raisonnable, classique, sage… Sa sœur Lily (Ludivine Sagnier) est champêtre, imprévisible, libre, simple. Très, trop simple pour son entourage. Quand leur mère disparaît, il s’avère peu à peu évident que Lily ne peut vivre seule. Que faire alors de cette adulte-enfant qui enserre les arbres et les habille ; qui « se sert » de son corps et s’amuse avec les garçons ; qui absorbe le soleil et glisse dans ses rayons ; qui empaille les souris et pose du vernis sur les ongles de Virgile, son dindon ?
Fabienne Berthaud a créé un personnage différent, sensible et « qui est dans l’impossibilité de rentrer dans les schémas ». « Pieds nus sur les limaces » est de la même veine que son premier film « Frankie », où elle filmait déjà Diane Kruger en
très gros plan, un peu comme au théâtre on aime être au premier rang. « J’y suis obligée. C’est comme ça qu’on entend les artistes respirer. » Dans ses deux films, la réalisatrice s’intéresse à la maladie psychiatrique. « Nous avons tous, autour de nous des êtres humains qui n’entrent pas dans le cadre scolaire. Que fait-on de ces êtres qui vivent dans la marginalité ? interroge-t-elle. Où peuvent vivre ces gens trop fragiles, trop intelligents ? C’est ce sujet qui me touche…» Le personnage qu’elle a inventé, la belle Lily aux cheveux de paille, est effectivement intelligente et intuitive, mais elle a la manie aussi de dire tout haut ce qu’elle pense… Clara sa sœur aura beau faire, on ne la changera pas. Elle est trop « naturelle », en osmose avec la nature, presque chamanique. Lily a conçu un petit nid particulier, esthétiquement très travaillé, composé de fatras colorés, de rubans, de lampe champignon, d’animaux empaillés. « J’ai rencontré une artiste qui a le même univers que Lily, explique Fabienne Berthaud, elle est devenue ma directrice artistique. Un film, c’est une addition de talents… » Des talents que la cinéaste sait exacerber. Elle a trouvé, au cœur du Vexin, une maison dans laquelle ont réellement vécu les artistes pendant le temps du tournage. Les chambres de Diane Kruger et de Ludivine Sagnier étaient celles de leur personnage. « On a fait en vrai, sourit Fabienne Berthaud, un peu comme un documentaire. Dans le parfum de confiture qui cuit, dans la lumière du jour sans projecteur, et surtout sans « jouer »."
Le « documentaire » est si bien réussi qu’on dirait Diane Kruger et de Ludivine Sagnier vraiment sœurs. « Quand elles se sont vues, elles se sont reconnues, comme si elles faisaient partie de la même famille. Ce film était une belle aventure. Je dirais même un miracle."
C’est en tout cas un hymne à l’éveil, à se mettre debout, à lutter contre le « Tu dors ta vie ! » comme le reproche Lily à Clara. « J’ai vu trop de gens autour de moi qui ne vivaient pas leur vie, pose la réalisatrice. Nous avons tous notre destin en main. Le bonheur global n’existe pas. Il faut vivre l’instant présent ! »
Sortie nationale le 1er décembre
*Le titre du film, choisi par Fabienne Berthaud, est un vrai souvenir d’enfance !
Marie-Pierre Griffon
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