« - Ça c’est bien passé hier avec ton acheteur allemand ?
- Oh fout moi la paix, Suzanne ! »
Ambiance. Dans « Potiche », le dernier film de François Ozon, Robert Pujol est un phallocrate « immonde », pour reprendre le qualificatif de Fabrice Luchini, qui l’interprète ; c’est un misogyne qui cloue le bec à sa femme Suzanne, qui l’humilie et qui la trompe. À la tête d’une entreprise de parapluies dans les années 70, le riche industriel doit affronter une grève, un malaise cardiaque et la réussite de sa femme qui le remplace...
Depuis les élections présidentielles de 2007, opposer un homme et une femme démangeait François Ozon. Le cinéaste – qui avait découvert en DVD « Potiche » une pièce de théâtre de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy dans laquelle Jacqueline Maillan excellait – s’était ému des odeurs nauséabondes de machisme qui exhalaient autour de la confrontation des ténors de la politique. Personne n’a oublié le fameux « mais qui va s’occuper des enfants ? »… François Ozon non plus. Il s’en est amusé et l'a repris. Le réalisateur a posé sa Potiche dans les années 70, quand les lunettes mangeaient les visages et que les fauteuils étaient orange. « Ainsi, je garde le ton de comédie avec une distance, » dit-il. « Tout était déjà là : les grèves, les crises, les séquestrations de patron… mais si le film avait été tourné aujourd’hui, il serait trop dur. » L’homme, qui avait neuf ans en 77, a retrouvé les décors de son enfance. « Le film est assez réaliste, » sourit-il. Un film qu’il a eu beaucoup de plaisir à réaliser, et qu’il s’est réjouit de voir en ouverture du festival international d’Arras. « Les gens ont un vrai désir de comédie, ils ont envie de rire. En plus, le fond de l’histoire les touche… »
Luchini s’amuse
Fabrice Luchini rit. La jambe par-dessus le bras du fauteuil, il déclame. Il récite Sacha Gitry, Philippe Muray, La Fontaine et ne répond pas aux questions. Il tutoie ses interlocuteurs, parle politique alors qu’on attend de lui un point de vue artistique. Alors qu’il est en tournée de promotion, il évoque le cinéma comme récréation. Il dit que son plaisir, c’est le théâtre, que sa vie est de servir La Fontaine… Entre une citation et un alexandrin, quand on insiste, il s’arrête pourtant sur l’interprétation de Robert Pujol - le mari de la « Potiche » - qui l’a occupé 25 jours. « C’était un emploi incroyable. Les acteurs en général incarnent des héros qui sauvent le monde. Moi, ce qui m’a intéressé est de jouer un rôle immonde. Il fallait y être précis, sinon c’était outré. » Fabrice Luchini s’est quand même ému du machisme et des grèves du film. « Ce qui est impressionnant, a-t-il reconnu, c’est que rien ne change. » En balançant sa jambe, il a conclu : « mais… c'est une folie à nulle autre seconde Que vouloir se mêler de corriger le monde.»
Marie-Pierre Griffon
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