Focus sur le cinéma italien
Si tous les films d’aujourd’hui ressemblent à la sélection présentée au festival, le cinéma italien a devant lui des jours heureux. Éric Miot appelle cet élan « le retour en grâce du cinéma transalpin ». Parmi les trois films programmés : « La Bella Gente » (Les gens bien) de Ivano de Matteo. Un petit bijou superbe et glaçant qui a obtenu le Grand prix du festival du cinéma italien d’Annecy 2009 et le Grand Prix du Festival Italien de Bastia 2010. Rien d’étonnant. Ce long métrage retenu où la pudeur se mêle à l’inacceptable est bouleversant.
Alfredo et Suzanna ont quitté Rome pour leur maison de vacances à la campagne. Révoltés par la grande jeunesse d’une prostituée, malmenée sur le bord de la route, ils décident de la sauver. Mais jusqu’où ? « Quand j’ai écrit le scénario, explique Ivano de Matteo, je voulais faire une critique de la gauche bourgeoise, en partant de la gauche elle-même. Aujourd’hui, plus je vois le film, plus je me dis que c’est une critique de l’homme… » L’homme qui, dans toutes les classes sociales, pose ses limites à sa générosité. En d’autres termes, quand il accepte de donner, jusqu'où accepte-t-il de laisser l'autre... prendre ? « On veut bien être contre la faim dans le monde, sourit le cinéaste, mais on admet toutes les supercheries quotidiennes. » L’étude de mœurs est sévère ; elle renvoie au spectateur son reflet et peut-être bien ses interrogations : « Qu’aurais-je fait à sa place ? » dit le réalisateur.
Ne pas accepter l’inacceptable c’est aussi être honnête avec soi-même. Le film n’est pas distribué en Italie. Certes, Ivano de Matteo avait trouvé un distributeur « mais l’homme voulait que sa femme et une de ses amies y joue. Si j’avais accepté, je me serais moi aussi prostitué. » Certes la prostitution n’est pas le thème central du film, c’est un prétexte à l’histoire. « Mais, affirme le réalisateur, si se prostituer est ne pas exprimer une partie de sa pensée – et ça l’est – ne vivons-nous pas tous de la prostitution ? Ne faut-il pas essayer de rétablir un peu d’équilibre et d’humanisme dans ce monde qui marche sur la tête ? »
Marie-Pierre Griffon
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