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| Florence Aubenas, charismatique et disponible. |
Un immense sourire inonde son visage. Une joie spontanée et communicative : « C’est la première fois que je reçois un prix ! Même à l’école je n’ai pas eu de prix », lance Florence Aubenas alors que Dominique Dupilet, président du conseil général du Pas-de-Calais lui tend le carton qui représente symboliquement ce prix Jean Amila-Meckert dont la journaliste est la lauréate 2010 avec son livre « Le quai de Ouistreham ».
Un prix tourné vers la littérature de critique sociale et d’expression populaire, organisé par l’association Colères du présent et doté financièrement par le conseil général. Le jury s’était prononcé le 30 avril 2010 mais Florence Aubenas était retenue au Mexique… en reportage. Depuis, « Le quai de Ouistreham » fait couler beaucoup d’encre, il a reçu une autre « distinction » (le prix Joseph-Kessel) et caracole en tête des ventes de livres.
Le conseil général du Pas-de-Calais était donc ravi d’accueillir Florence Aubenas, hier – lundi 17 mai 2010 – à l’issue d’une séance plénière. « Nous avons vibré de cœur et d’esprit pour vous. Vous faites partie de la famille », a rappelé Dominique Dupilet en évoquant la détention de la journaliste en Irak… Avant de devenir une « figure de la liberté », le grand reporter avait suivi l’affaire d’Outreau : le conseil général s’en souvient avec un tout petit peu d’acrimonie : « Vous avez étrillé nos services lors de cette affaire », a simplement précisé D. Dupilet. Outreau, l’Irak et Ouistreham aujourd’hui. Si le livre de Florence Aubenas attire des milliers de lecteurs, s’il a impressionné le jury du prix Amila-Meckert, il a également touché le président du conseil général ! « On n’en sort pas indifférent, a-t-il lancé. Il suscite une prise de conscience forte. » En se mêlant à la vie des « précaires » et en la racontant, tout simplement, Florence Aubenas « a posé le problème qui méritait d’être posé. Un problème social fort ». RSA, Pôle Emploi, la « grande indifférence » : « Nous croisons des gens qui risqueraient d’être transparents. Il y a des moments où nous avons tendance à imaginer que nous croisons des meubles et des fantômes », a encore ajouté le président du conseil général. Dans un département du Pas-de-Calais qui a vécu les mutations sociales les plus dures de France (mine, sidérurgie, textile hier ; automobile aujourd’hui) et qui a souvent dû faire face seul, « Le Quai de Ouistreham » attire forcément l’attention. Il attire forcément l’émotion.
Florence Aubenas et la dèche
« Changer les choses c’est notre affaire à tous ! Il faut se dire le travail précaire ça me concerne moi aussi » : Florence Aubenas estime que chacun « à son petit niveau » ne doit pas déposer sa charge ni déléguer, mais essayer d’arranger les choses. En France, 20 % des travailleurs sont des précaires et 8 sur 10 sont des femmes. En plongeant dans la crise, de mai à juillet 2009, à Caen, en Normandie… mais « c’est partout pareil », Florence Aubenas est allée à la rencontre de la « France normale, la France qui boitille ». Une France sur laquelle « les gens de la bulle politico-médiatique » trimballe un nombre incalculable d’idées reçues. « Les journalistes sont assez bons pour saisir l’exceptionnel mais pas forts pour saisir l’ordinaire ». C’est cet ordinaire, « le réel qui surprend toujours » vers lequel court Florence Aubenas, grand reporter : « Aller voir ceux qui ne nous ressemblent pas, que ce soit en Afghanistan ou à Caen. » Vivre comme une femme de ménage et dire en 270 pages qu’elle n’est ni un meuble, ni un fantôme. Qu’il est temps de quitter son pré carré et de percevoir la précarité.
Petits échos
- À la tribune présidentielle de l’hôtel du Département, assise à quelques pas de Thérèse Guilbert, vice-présidente du conseil général et maire d’Outreau, Florence Aubenas est revenue brièvement sur « l’affaire ». « Toutes les personnes ont été acquittées comme dans un rêve. J’ai fait repentance comme tous mes collègues… Il y a eu une loi qui ne rentrera jamais en fonction. La loi d’Outreau n’arrivera à rien. J’avais Outreau en mémoire en écrivant « Le quai de Ouistreham » : changer les choses c’est notre affaire à tous ».
- Florence Aubenas avait songé à entreprendre son immersion dans la précarité… dans le Nord – Pas-de-Calais : « On aurait dit : elle s’acharne ! » Née à Bruxelles, la journaliste connaît bien notre région : « Je me sens un peu chez moi. Je sanglote devant un mur de brique rouge. »
- Pour « Le Nouvel Observateur », Florence Aubenas s'intéresse à Florence Cassez... originaire du Pas-de-Calais. Le 62 ne la quitte plus !
- La journaliste s'est volontiers prêtée à une séance de dédicaces. Les conseillers généraux ne furent pas les derniers à réclamer sa signature. Et Florence fut très émue d'écrire un petit mot (photo ci-dessus) à l'attention des femmes de ménage du Département (« qui ont été déprécarisées », soulignait Michel Dagbert).
Texte et photos : Christian Defrance
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