Il n’y a pas de hasard. Si le grand prix d’Isbergues – Pas-de-Calais se déroule chaque année le dimanche des Journées du Patrimoine, c’est pour la simple et bonne raison que la course est devenue un monument historique ! Un élément fort du patrimoine isberguois mais aussi du territoire de la communauté de communes Artois-Flandres (CCAF). Événement sportif, fête populaire, rendez-vous intergénérationnel… depuis 1945. Inscrit aujourd’hui dans le contrat territorial de développement durable signé entre la CCAF et le conseil général, le GPI est un « monument » au service de l’animation, de la culture, de la solidarité, de l’éducation…
La 65e édition du grand prix d’Isbergues – Pas-de-Calais se déroulera donc le dimanche 18 septembre 2011 sur un circuit en partie « renouvelé » ; la présentation officielle de la course aura lieu ce vendredi 9 septembre à 18 h 30 au complexe Edmond-Mille à Berguette. En attendant de découvrir la liste des engagés, les horaires et les animations, voici un petit abécédaire insolite, anecdotique pour « habiller » le monument historique.
A... comme Anquetil. « Maître Jacques » est le premier coureur de l’histoire du cyclisme à avoir remporté cinq fois le Tour de France. Mais il n’a disputé qu’une seule fois le grand prix d’Isbergues, c’était en 1965 et la foule était si pressante qu’il fallut appeler les gendarmes pour que le champion puisse se rendre sur la ligne de départ. Et Anquetil ne termina que 25e !
B… comme Berguette, sa gare et des passages à niveau qui ont régulièrement semé la pagaille dans le peloton du grand prix. En 1968, à dix kilomètres de l’arrivée, passage à niveau de Berguette fermé, le peloton est groupé et coincé… Mais Willy In’t Ven joue les acrobates, passe et garde sept secondes d’avance. Il faut dire que derrière, ce passage à niveau avait provoqué une grosse bousculade.
C… comme Cédriiiiiiiiiiiiiic ! Cédric Vasseur, chouchou du public isberguois, gagne en 2002 et remet ça en 2006 devant Philippe Gilbert, l’actuel et indéniable meilleur coureur mondial. Aujourd’hui consultant pour la RTBF et pour France Télévisions, Cédric Vasseur – 41 ans depuis le 18 août - aura sans doute son mot à dire sur le grand prix 2011 !
D… comme ducasse et plus exactement ducasse du Pont-à-Balques, fête créée en 1884 et fixée au 3e dimanche de septembre avant de se rabattre sur le premier à partir de 1908. Le grand prix cycliste est né le lundi 10 septembre 1945 à l’occasion du raccroc de la ducasse de ce quartier populaire ; la municipalité d’Isbergues organisant « la première course depuis l’invasion »…
E… comme Eddy Merckx, l’un des plus grands champions cyclistes de tous les temps surnommé « le Cannibale ». Mais il n’a pas mangé tout cru ses adversaires ce 18 septembre 1977, terminant toutefois 2e du grand prix derrière Zoetemelk. Eddy avait pris le départ d’une épreuve presque sur la paille et sauvée in extremis par le conseil municipal d’Isbergues.
F… comme Français. 18 coureurs français ont inscrit leur nom au palmarès officiel de la classique artésienne, d’Eugène Dupuis en 1947 à Benoît Vaugrenard en 2009… La France n’est pas loin de la Belgique qui compte 22 victoires, de Paul Taildeman en 1953 à Nico Eeckhout en 2005. Tiens donc, il y a déjà six ans que les Belges ne sont pas imposés sur le GPI. Rendez-vous en 2011 ?
G… comme Guesdon et comme « Gibus ». Frédéric Guesdon a terminé huit fois dans les dix premiers du grand prix ! Chaque année, on se dit que c’est la bonne… et l’ancien vainqueur de Paris-Roubaix et Paris-Tours n’est jamais loin du bouquet. À presque 40 ans, Guesdon peut-il encore faire mouche ? Gilbert Duclos-Lassalle alias « Gibus » a pris sa retraite à 41 ans après une 2e place à Isbergues. Il fut lui aussi un « inconditionnel » de la course du Pont-à-Balques.
H… comme horaires. En 1947, Eugène Dupuis avait parcouru les 120 kilomètres de course en 3 heures et 35 minutes. Cinquante ans plus tard, Magnus Backstedt bouclait les 209 kilomètres en 4 heures, 44 minutes et 19 secondes. Et 4 heures, 48 minutes et 13 secondes pour Saramotins l’an dernier et 200 kilomètres.
I… comme In’t Ven, un nom de famille très présent dans l’histoire du GPI. En 1967, Paul In’t Ven, coureur belge, s’impose devant Émile Coppens et Willy In’t Ven, son frère ! Le même frère aîné qui gagne l’année suivante au nez et à la barbe d’un peloton groupé. En revance, Danny In’t Ven, le fils de Willy, professionnel en 1992 et 1993, n’a pas continué à faire parler de la famille.
J… comme Jacky Durand, le baroudeur, le roi des longues échappées. Le 22 septembre 1991, Durand remporte à Isbergues sa première victoire professionnelle après un raid de 195 kilomètres en compagnie de Debrabant et Mattheus. L’intenable Jacky inscrira ensuite le Tour des Flandres à son tableau de chasse (en 1992), Paris-Tours (1998)… avant de s’échapper vers les micros d’Eurosport.
K… comme Kain. Alfred Kain, le seul Autrichien du palmarès ! Équipé par Bertin, Kain s’est imposé en 1955 devant les 10 000 spectateurs de la rue Roger-Salengro et devant la caméra de Georges Hanson filmant pour la télévision régionale ! Depuis la télé a régulièrement rendu visite au GPI, avec des directs impressionnants mais très onéreux…
L… comme « Loulou », le fameux Henri Duhamel, vainqueur de l’édition 1951, fantasque, séducteur, rouleur et un peu bagarreur. Ce « poulain » de Louis Déprez n’hésita pas en pleine course à échanger quelques… coups de poings avec Urbain Caffi qui abandonna un peu plus tard ! Le même « Loulou » et quelques autres revinrent sur deux échappés… dans le sillage d’une moto qui n’avait rien à faire dans la course !
M… comme musette. La musette du ravitaillement bien sûr. En 1959, les coureurs attendaient avec impatience l’heure du ravitaillement à Auchel. Ils trouvèrent dans leur musette deux tartelettes au riz, deux bananes, deux oranges, des morceaux de sucre… mais pas de bidon. On avait oublié de les mettre. Il fallut alors ouvrir l’œil pour repérer les pompes et les fontaines.
N… comme nouvelle ligne d’arrivée. En 1999, pour des raisons de sécurité, les organisateurs ont délaissé la rue Roger-Salengro pour installer lignes de départ et d’arrivée dans la bien nommée route de la Victoire (la route départementale 186) toute proche et plus large. 1999 marque aussi l’apparition de la redoutable côte de Sachin… ou chacun fait ce qu’il peut.
O… comme olympique. En 1950, le grand prix d’Isbergues est remporté par le champion olympique de cyclisme sur route 1948. José Beyaert avait cueilli une belle médaille d’or dans le parc du château de Windsor à Londres. Ville où les Jeux olympiques reviennent en 2012, quelques semaines avant la 66e édition du GPI.
P… comme Périn. Rien à voir avec le « Grand blond à la chaussure noire ». De 1968 à 1972, Michel Périn est l’éternel attaquant, très vite surnommé « Monsieur grand prix d’Isbergues » ! Sa meilleure place : 4e en 1972. En 1979, le cousin Serge sauve l’honneur de la famille Périn. Porteur du maillot Miko-Mercier, Serge Périn gagne avec 300 mètres d’avance, après 218 kilomètres d’échappée.
Q… comme quel temps ! Le grand prix d’Isbergues a presque toujours été épargné par la météo. En y regardant de plus près, la pluie fait son apparition. Il a même plu toute la journée le 20 septembre 1981, le 18 septembre 1983 et le 21 septembre 1958. A contrario, il faisait 35 degrés à Isbergues le 21 septembre 2003 et presque aussi chaud le 15 septembre 1947.
R… comme Robic et vas-y Robic ! Le très populaire Jean Robic (vainqueur du Tour de France en 1947) a pris le départ du 15e grand prix d’Isbergues en 1961. Il avait alors 40 ans et effectuait sa dernière saison dans le peloton professionnel. Il abandonna dans la boucle des mines. Vas-y Poupou ! Raymond Poulidor participa quant à lui au grand prix 1969 (22e du classement).
S… comme le « S » d’Estrée-Blanche, la fameuse côte apparue au menu du grand prix en 1957 mais « qui ne provoqua pas la cassure attendue ». Depuis, « ch’l’S » joue régulièrement le rôle de « juge de paix » dans le déroulement de la course. Il faut noter cette année – ce dimanche 18 septembre 2011 – le retour de la côte de Reclinghem… Spectacle garanti.
T… comme « Tatave ». Gustave Imbert, la vedette isberguoise de l’après-guerre, qui se retrouva en 1948 nez à nez avec une voiture arrivant en sens inverse ! « Tatave » venait de quitter le peloton pour rejoindre son ami « Gégène » Dupuis. Plus de peur que de mal pour Imbert mais son vélo était inutilisable et il dut se résoudre à l’abandon.
U… comme Système U. Équipe professionnelle française présente dans le peloton de 1986 à 1988 avec Laurent Fignon, les frères Madiot, Martial Gayant, Jean-René Bernaudeau, Vincent Barteau ou encore Gérard Rué, la révélation du grand prix d’Isbergues 1987 : 2e à 4 secondes de l’Australien Allan Peiper devenu directeur sportif du Team HTC-Highroad.
V… comme vitrine de la pharmacie Labre. Dès 1954, Maurice Labre – président du grand prix de 1956 à 1980 – veillait à coller sur sa vitrine la liste des engagés. C’est aussi parce qu’il s’entendait à merveille avec Maurice Labre qu’Antonin Magne, directeur sportif de Mercier, envoyait toujours sa « meilleure équipe » à Isbergues.
W… comme Wilfried Nelissen. Lauréat de l’édition 1994, Nelissen avait deux mois plus tôt vécu un véritable drame. Dimanche 3 juillet, arrivée de la 1ère étape du Tour de France à Armentières et un policier voulant prendre une photo du sprint ! Chute impressionnante de Laurent Jalabert et de Wilfried Nelissen emmené inconscient au CHR de Lille… Et très vite revenu au plus haut niveau.
X… comme le x de l’équation qu’il faut résoudre chaque année pour boucler le budget du grand prix. Un véritable tour de force pour une équipe de bénévoles qui sait s’entourer de partenaires fidèles et de collectivités (ville d’Isbergues, communauté de communes Artois-Flandres, conseil général du Pas-de-Calais…) conscientes de l’importance de la course.
Y… comme Yvon Bertin. Le coureur nantais monta sur la première marche du podium isberguois en 1976, précédant Jean-Jacques Fussien et André Mollet. Bon coureur, Bertin remporta une étape du Giro en 1980, porta – une seule journée – le Maillot jaune sur le Tour de France (1980) et finit 2e de Paris-Roubaix en 1982.
Z… comme Zoetemelk. Joop Zoetemelk : professionnel de 1970 à 1987, 16 Tour de France au compteur (victoire en 1980, six fois deuxième), 205 victoires au total. Vainqueur à Isbergues en 1975 et 1977, Joop appartient au cercle très fermé des coureurs qui ont gagné deux fois le grand prix : Eugène Dupuis, Peter Van Petegem, Cédric Vasseur.
Texte et photo : Chr. Defrance
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