Le 16 juillet 1992, un « enfant » du Pas-de-Calais (né à Wanquetin), Louis Mexandeau, alors secrétaire d’État aux anciens combattants, inaugurait l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, ville du département de la Somme à une vingtaine de kilomètres de Bapaume. Entre histoire et mémorial, ce musée « raconte autrement » la Première Guerre mondiale. On parle de « musée comparatiste » et c’est sa force : « voir » la guerre au front et à l’arrière à travers les trois principaux belligérants, Français, Allemands et Britanniques. Trilingue et très innovant dans le domaine de la scénographie (une vraie proximité avec les 50 0000 objets et archives présentés), l’Historial accueille 70 000 à 80 000 visiteurs chaque année.
Tout est parti à la fin des années 1980 d’une constatation faite par les historiens locaux, les passionnés : la Somme fut en 1916 le théâtre d’une bataille tragique (quatre mois et demi, 1 200 000 tués et blessés) mais complètement méconnue, totalement éclipsée par Verdun. Il faudrait préciser : méconnue en France, car cette bataille, « le Verdun des Britanniques », est très présente dans les livres d’histoire Outre-Manche. Le conseil général de la Somme prit donc l’initiative de créer dans l’ancien château médiéval de Péronne, un lieu où l’on évoquerait la bataille de la Somme mais aussi et surtout l’histoire complète d’un conflit dont les prolongements se sont étendus au monde entier.
Une histoire de la Grande Guerre qui occupe cinq salles, en respectant la chronologie des événements. La première dresse un état des lieux de la planète de 1870 à 1914. Colonies, nationalismes, industrialisation : des blocs ont vu le jour, préfigurant un conflit mondial. Quatre grandes cartes au sol permettent de visualiser clairement ce monde qui crépite, ces sociétés qui s’agitent. Le visiteur pénètre ensuite dans l’impressionnante salle centrale, « veille de guerre », où sont dressés d’immenses portraits d’anonymes qui vont se retrouver dans l’horreur. Salle où l’on retrouve aussi les eaux-fortes du peintre allemand Otto Dix.
Salle suivante : nous suivons les soldats de 1914 à 1916. Des soldats couchés – évoquant la souffrance - sur du marbre blanc. Au centre les objets militaires, autour ceux de la vie civile. On a l’illusion de « toucher » la guerre ; illusion renforcée dans la troisième salle évoquant le conflit de 1916 à 1918. C’est l’affirmation des progrès techniques, l’apparition de nouvelles armes. Chars, avions, masques à gaz : nous basculons encore davantage dans l’horreur. Les États-Unis entrent en guerre, l’empire russe s’effondre… 11 novembre 1918.
Dernière salle : c'est l’après-guerre avec le traité de Versailles, la Reconstruction, le tourisme de mémoire et toujours la même volonté comparatiste. En levant les yeux, un choc : la gigantesque toile de René Demeurisse, « L’Oubli » : dans une forêt, des biches s’approchent d’un squelette. Passage destructeur du temps sur le souvenir… Les souvenirs se ramassent encore à la pelle, balles, éclats d'obus dans les champs de Somme ou d'Artois par exemple. Des corps aussi remontent à la surface. Un siècle plus tard, la Grande Guerre continue de nous parler.
L’Historial de Péronne propose également des expositions temporaires comme « War in the Gulf » (jusqu’au 31 août). Que montre-t-on de la guerre ? Avec des images de télévision de la Guerre du Golfe de 1991 reproduites sur un tapis d’Iran ou imprimées sur de larges pans de moquette, l’artiste Michel LeBrun-Franzaroli développe sa réflexion autour de l’image journalistique. Comment est-elle déformée, de quelle manière l’interprétons et la recevons-nous ? « L’image de guerre » est née avec la Grande Guerre, première guerre moderne dont l’importante couverture médiatique a permis d’atteindre un large public, mais elle donnait à voir des images très éloignées de la réalité qui aurait été, elle, trop difficile à montrer.
Du 25 juin au 16 novembre, le musée de la Grande Guerre présentera « L’Autre Allemagne : rêver la paix 1914-1924 ». Cette exposition est consacrée aux artistes et écrivains allemands qui, face à la Grande Guerre, ont dénoncé l’inhumanité du conflit et ont rêvé d’un monde pacifié…
L’Historial de la Grande Guerre est ouvert tous les jours de 10 h à 18 h.
Tarifs : 7,50 euros pour les adultes / 6,20 euros pour les seniors / 3,80 euros pour les 6-18 ans.
Tél. 03 22 83 14 18
Site Internet : www.historial.org
Christian Defrance / Photo : Historial de la Grande Guerre
URL courte : www.echo62.com/actu1922
