Le centre de Sangatte fermé, le problème posé par les réfugiés de Calais devait être réglé. C’était en tout cas l’avis d’un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur… Mais sur le terrain, dans les fossés, dans les friches, le long des autoroutes, de Lillers à Calais, rien n’a vraiment changé. Réfugiés, sans papiers, candidats à l’exil, ils sont toujours là, nombreux, dans des situations de précarité extrême, souvent secourus par des bénévoles qui, en silence, font fi des lois interdisant à quiconque d’aider un étranger en situation irrégulière. La nuit, les parties de cache-cache entre forces de l’ordre et « clandestins » sont fréquentes et les interpellations se comptent par milliers : 2588 en 2007 dit la statistique. Parmi eux, de nombreux jeunes, tantôt majeurs, tantôt mineurs, sans que l’on sache leur âge exact, remis au service de l’Aide sociale à l’enfance du conseil général qui assume financièrement la charge mais réclame une participation financière de l’Etat. « J’ai écrit au Premier ministre qui m’a donné raison, dit Dominique Dupilet, président du conseil général. Mais la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie ne répond pas… Puisque c’est ainsi, nous ne répondrons plus aux injonctions de la Police. Les jeunes resteront sur le trottoir… » Sauf s’il y a une ordonnance de placement, en bonne et due forme… (ce qui est semble-t-il rarement le cas). C’est ce que Dominique Dupilet vient de signifier à Gérald Lesigne, le procureur de la République à Boulogne-sur-Mer, invité à « prendre toutes les dispositions de nature à apporter les garanties juridiques qui doivent accompagner la prise en charge des mineurs étrangers isolés ». Car la question n’est pas seulement financière... Selon Dominique Dupilet, « l’absence d’ordonnance de placement provisoire place les services du conseil général dans une grave insécurité juridique chaque fois qu’un jeune étranger dit ‘isolé’ est accueilli par un établissement habilité par l’Aide sociale à l’enfance ».
Eh oui, le camp de Sangatte n’existe peut-être plus, mais n’en déplaise à M. Sarkozy, la question n’a pas encore trouvé de réponse satisfaisante. Et la misère humaine ne grandit personne.
Notre photo : voir s'éloigner le beffroi de Calais est le rêve de tous les candidats à l'exil, mais combien sont-ils à réussir ?
Texte et photo : Philippe Vincent-Chaissac
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