
Dans la tempête héninoise actuelle, entre des murs de vagues et au-dessus des lames de fond, il est un bateau qui s’applique à rester à la surface, le cap sur ses objectifs. Le centre culturel l’Escapade fait face à un redressement judiciaire mais demeure sur sa position : « Nous avons une saison culturelle, une vocation, nous ne sortirons pas du cadre. Nous continuerons à faire ce qui justifie notre existence. » Ce sont les mots de David Verkempinck, le dynamique directeur de la structure. Coïncidence, les problèmes financiers arrivent au moment où, justement, la convention triennale qui lie la structure à ses financeurs arrive à échéance. « C’est l’occasion de réinterroger le projet sur son dimensionnement territorial… » David Verckempinck propose de remettre à plat le projet socioculturel et de s’interroger : « À quelle échelle ? Pour qui ? Pour quoi ? »

Les lieux ont quarante ans. Immortalisés par Miou-Miou, dans « La Femme flic », ils étaient d’abord MJC puis mère d’une pléiade de structures héninoises : la médiathèque, le cinéma, le centre d’arts plastiques. Ils furent aussi en leur temps le lieu de résidence de la communauté d’agglomération. « C’est la matrice, pose le directeur, la mère nourricière de certains concepts. C’est pourquoi la structure est aussi importante dans le cœur des héninois… » Depuis 1991, le centre porte dignement le nom d’Escapade et assume sa vocation de diffusion, de création de spectacles vivants et de pratique des activités aux arts de la scène.
Il reçoit un public local (1/3) certes, mais accueille aussi des spectateurs de toute l’agglomération (1/3) voire de la région (1/3). Pour la musique actuelle, dont on sait qu’il porte haut le drapeau, le public vient encore de plus loin suivant des esthétiques particulières. Idem pour les spectacles « jeune public ». L’Escapade travaille en complémentarité et en relation avec les associations intercommunales Droit de cité et Culture commune – Scène nationale. Avec le 9-9 bis d’Oignies et son projet « musique et son », le centre culturel élabore des axes de développement. « Nous voulons une réflexion harmonieuse. Il est évident que s’il y avait là, un lieu dédié aux musiques actuelles, nous abandonnerions ce secteur… » Partenariat, on vous dit ! C’est d’ailleurs le mot le plus usité entre Hénin-Beaumont, Grenay, Sallaumines et Liévin. Les centres culturels de ces quatre communes (« Les Scènes associées ») se serrent les coudent pour leur programmation, leur communication, leurs productions. « Cela donne plus de chance aux spectacles, dit David Verkempinck, cela permet aux compagnies de respirer… » Si la mutualisation s’effectuait avec d’autres scènes de différentes communautés d’agglomération, ou sur un grand territoire culturel, cela démultiplierait encore les opportunités. Ce serait dès lors une aubaine pour les spectateurs mais aussi pour les artistes, notamment quand ils présentent des petites formes. Une aubaine enfin pour toutes les formes d’art qui pourraient ainsi s’épanouir dans des lieux particuliers. À chaque centre culturel sa spécificité…
La pétition qui circule actuellement, à l’initiative d’un membre du groupe artistique Tim Labo, s’émeut : « Sans l'Escapade l'organisation de plusieurs réseaux culturels du bassin minier sera touchée, appauvrie ou déstabilisée ! Sans l'Escapade des troupes régionales et nationales verront leur possibilité de travailler au plus proche de la population s'évanouir un peu plus ! (…) Si nous laissons s'effondrer l'Escapade sans mot dire, d'autres structures s'effondreront à leur tour, victimes de la non-reconnaissance de leur utilité sociale ! (...) Sans l'Escapade les centaines d'enfants qui profitent des ateliers artistiques retourneront s'occuper dans les rues… »
Prendre toutes les compétences culturelles ?
Même si, actuellement, il se passe toujours quelque chose de réjouissant à l’Escapade, tel que fin avril, le pétillant et sémillant festival de théâtre amateur « Les beaux jours », l’Escapade est en procédure de redressement judiciaire. « Nous connaîtrons en juin le montant de nos dettes... Un plan sera établi. » Pour l’heure il a été confirmé que la trésorerie et la gestion du centre culturel étaient irréprochables. « Mais nous sommes liés à la santé économique de la ville qui assure normalement 80 % de notre budget. Forcément nous avons peur. Nous n’avons aucune prise sur notre destinée… » David Verkempinck reconnaît que « ça fait longtemps que nous rencontrons des problèmes. La ville d’Hénin-Beaumont n’a pas honoré les 180 000 euros qu’elle avait annoncés en 2008. Quant à 2009, nous avons reçu à ce jour 100 000 euro dans l'attente de la validation du budget municipal qui porte la subvention à hauteur de 412 000 euros, ce qui est plutôt de nature à nous rassurer.»
La Région, le Département et la Communauté d’agglomération ont maintenu leurs subventions. Une manière d’aider la structure, dans la mesure où celle-ci propose une programmation allégée jusqu’à la fin de l’année. Sept spectacles ont disparu des trois branches de l’Escapade : musique actuelle, jeune public et tout public. Par mesure de sécurité, la prochaine saison sera élaborée un semestre à la fois. « On a déjà plein de propositions, ce ne sera pas du grand n’importe quoi ! » Des partenariats intelligents permettront au centre culturel de proposer des spectacles « à moindre coût mais qui tiennent la route. » En outre, l’Escapade continuera à proposer son aide précieuse aux associations locales. Celles-ci bénéficieront de la compétence, de la disponibilité du personnel ; de la qualité du matériel et des équipements. Autant de points positifs pour le public mais « ce n’est pas de nature à sécuriser les artistes ! » « Si l’Escapade continue à faire des propositions pour la population, c’est grâce aux actes militants de ces artistes et des partenaires... en attendant des jours meilleurs. » Un avenir qui dépend peut-être de la Communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin dans lequel rayonne le centre. Pour l’heure, la Cahc est compétente en matière de lecture publique, patrimoine et musiques actuelles. Ne faudrait-il pas qu’elle ajoute à ses politiques, le théâtre et la danse ? Sûrement. En tout cas, jour après jour, la structure continue à avancer, fièrement. Selon le capitaine Verkempinck et pour reprendre une expression… en vogue, « si le bateau amiral est abîmé, la bête n’est pas morte ! »
Pour signer la pétition : http://www.mesopinions.com/L-Escapade-d-Henin-Beaumont-va-disparaitre--petition-petitions-1b6ef5e02bce4d6136975f7b5f04b13a.html
Programme de mai :
- le 11 : Les métamorphoses de Nina. Jeune public. 15 h, 18 h. 8 et 5 euros
- le 12 : Les métamorphoses de Nina. Jeune public. 10 h. 8 et 5 euros
- le 13 : Jojo Golondrini. Jeune public. 15 h. 8 et 6 euros en résa
- le 14 : Jojo Golondrini. jeune public. 10 h et 15 h. 8 et 6 euros en résa.
- le 21 : Grand Baz’art. Musiques actuelles, 20 h 30. 2 euros
- le 22 : Larsen Metal Festival : Wido + The Syren Calls. Musiques actuelles, 20 h 30. 10 et 8 euros. Pass 2 jours : 12 euros
- le 23 : Larsen Metal Festival : Morpain + Blooming + The Arrs. Musiques actuelles, 20 h 30. 10 et 8 euros
- le 28 : Restitution de l'atelier de Gérard Philipe. Musiques actuelles. 19 h
Rens. 03.21.20.06.48
Marie-Pierre Griffon
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