Un phénomène de société. Plus de trois millions de spectateurs en quatre ans. La tournée « Âge tendre et têtes de bois » remplit les salles et remplit les cœurs de nostalgie. À l’heure du web implacable, de la musique jetable, les idoles sont indéboulonnables ! Elles ont tellement marqué les esprits que nous sommes tous prêts à faire fi de leurs kilos superflus, de leurs rides et de leurs refrains souvent proches du néant…
Ainsi la tournée 2010 se prépare avec Sheila, Charles Dumont, Claude Barzotti, Isabelle Aubret, Hervé Vilard, Michèle Torr, etc. Marcel Amont, Georges Chelon (lui, c’est un vrai poète), Jean-Jacques Debout, Leny Escudero… ont enthousiasmé le public les années précédentes. Ou encore Frank Alamo ! Un succès incroyable qui a donné des envies de « remonter sur scène » à toute une bande d’orchestres et de groupes des sixties et seventies… « Pourquoi pas nous », s’est ainsi dit Jacky Humez, bon copain de Frank Alamo et figure de proue des Burns. Pendant une dizaine d’années, en gros de 1968 à 1978, les Burns ont écumé les bals du Nord et du Pas-de-Calais avant d’être « ratiboisés par la fièvre du samedi soir et sa vague disco ! » Mais trente ans plus tard, ils sont revenus : une année 2009 de folie, marquée par la reformation du groupe, des concerts dans des salles bondées (Verquin, Barlin, Haillicourt, Lapugnoy) et la sortie d’un CD avec trois nouvelles chansons ! « C’est formidable, constate laconiquement Jacky Humez. Nous en profitons tant que nous sommes encore en vie… »
Dans la boîte !
Né à Aire-sur-la-Lys en 1950, Jacques Humez a appris l’accordéon avec Roland Dewaele et la clarinette avec Roger Squadrelli. À 14 ans, il joue au Chatham au Touquet avec les Blackstone, The Yeard’s. « Je chantais et je jouais du piano. » C’est un Béthunois qui est venu le « dénorter » - détourner du droit chemin en patois ! – pour créer les Burns. « En 1968, le groupe s’appelait Explosion Burn Show et il était très rythm’n’blues. Nous avons fait la première partie de Sylvie Vartan et Carlos nous a pris en photo. » Souvenirs souvenirs. Jacky a ensuite tenté l’aventure parisienne, revenant très vite dans le Nord et vers les Burns. Alain Saulnier de Berguette, Bruno Bragaglio et Jacques Stéfanini de Chocques, Jacky Humez vont adopter un ton plus proche de la variété et multiplier les premières parties dansantes : Triangle, Ange, Martin Circus, Demis Roussos, Mungo Jerry, Gilbert Montagné, Titanic… Première partie de Johnny aussi en mars 1970 à Bruay. Leur premier 45 tours est sorti chez Vogue en 1973 ; l’année suivante leur deuxième opus a vu le jour en même temps que le légendaire « Waterloo » du groupe Abba. Du Touquet à Oran en passant par Évian, les Burns ont fait des étincelles. Puis arriva Travolta ! « Il n’y avait plus personne dans les bals. » Tout le monde en boîte… Reconversion obligatoire et intelligente. Durant un quart de siècle, Jacky Humez règne sur le « Tub » à Gonnehem ; Bruno Bragaglio gérant un établissement de nuit à Dakar. « Nous sommes restés amis et nous avions refait une séance privée il y a quinze ans… » Mais de là à imaginer un fulgurant come-back ?
Les Burns avaient attaqué l'année 2010 sur les chapeaux de roues avec un concert le samedi 23 janvier dans la salle Edmond-Mille à Berguette (Isbergues). Le Berguette de la « kermesse aux moules » ! Et la mauvaise nouvelle est tombée le 5 mars 2010... Jacky Humez a reçu un coup de fil juste avant de lancer l'émission qu'il anime sur Radio Banquise (le vendredi de 10 h à 12 h) : « Bruno est mort ». Bruno Bragaglio, chanteur et batteur du groupe, luttait depuis quelques mois contre un cancer. Il s'est éteint à l'âge de 60 ans. Jacky, Alain et Jacques sont bien décidés à continuer l'aventure, histoire de saluer dignement leur copain.
Christian Defrance
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