Un tiers des onze mille Indiens du Canada (Iroquois, Mohawks, Ojibwas, Bloods…) en âge de rejoindre les rangs de l’armée, a participé à la Première Guerre mondiale. Loin des réserves, des esprits et des croyances ? Pas vraiment... Voici l’histoire de deux frères, Indiens Bloods (Pieds-Noirs) mêlés à cette Grande Guerre. Né dans l’Alberta le 25 décembre 1893, Albert Mountain Horse fréquenta l’école de la mission anglicane proche de sa réserve puis une école militaire de Calgary. Début septembre 1914, il se porta volontaire dans le Corps expéditionnaire canadien, peut-être la première recrue autochtone de l’Alberta. En avril 1915, Albert participa à la 2e bataille d’Ypres. Deux fois gazé par la suite, il fut hospitalisé et renvoyé au Canada en novembre. Mais il mourut de la tuberculose le lendemain de son arrivée à Québec. Lors des obsèques, des ancêtres entonnèrent des chants guerriers… Et ses frères s’enrôlèrent à leur tour dans l’armée canadienne. Joe Mountain Horse fut blessé à Arras en 1917. Incorporé dans le 50e bataillon en 1917, Mike, né en 1888, se retrouva pour son baptême du feu sur la crête de Vimy. Il écrivit plus tard : « Une nuit, en haut de cette colline de Vimy, entouré de frères Indiens, j’écoutais l’assourdissant bourdonnement des bombardements ennemis sur les lignes alliées et je me suis demandé où était le Dieu dont nous parlaient les hommes blancs et auquel ils voulaient nous faire croire ? Pourquoi permettait-Il toutes ces destructions ? Et j’ai prié pour qu’Il ramène les nations à la raison. »
En octobre 1917, près de Cambrai, Mike Mountain Horse fut recouvert de terre et de pierres dans une tranchée lors d’un bombardement… Et libéré quatre jours plus tard, l’un des rares survivants de son régiment. Blessé à deux reprises, il captura un poste d’artillerie allemande, vêtu des peintures et motifs de la Nation Blackfoot. Sur le front, dans les tranchées, les Indiens n’avaient pas délaissé leurs coutumes tribales. Ainsi en 1917, Mike Mountain Horse et George Strangling Wolf se retrouvèrent dans un clairière pour invoquer l’esprit du soleil et obtenir sa protection avant la bataille. Strangling Wolf arracha avec un couteau un morceau de peau de son genou, le pointa vers le soleil et l’enterra : « Aide-moi Soleil à survivre à cette terrible guerre et je t’offre mon corps comme nourriture ». Les deux Indiens survécurent ! Après la guerre, Mike entra la police montée, travailla pour les chemins de fer et entama une carrière d’écrivain et de journaliste. Il mourut en 1964, une école de l’Alberta porte son nom.
Source : World War One, Five Continents in Flanders (Musée In Flanders Fields à Ypres).
SR : Chr. D. / Photo : x
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