Les rideaux, les nappes viennent de Pologne ! Comme la vodka évidemment. La communauté polonaise du Nord – Pas-de-Calais frétille d’impatience : le Lajkonik rouvre ses portes ce week-end. Jean-Pierre Krzyzanowski, son épouse et son équipe ont travaillé d’arrache-pied pour redonner vie à l’auberge qui avait été ravagée par un incendie le 9 octobre 2006. Ouverte en 1997 sur la zone d’activités du Moulin à Beuvry (sur la route Béthune-Lille), elle avait d’emblée attiré, séduit, conquis les amoureux, les nostalgiques – ou simplement les curieux – de la culture et de la gastronomie polonaises. Le sinistre n’a pas éteint le dynamisme de Jean-Pierre : « à 56 ans, fou, cinglé, je suis reparti à l’attaque ».
La Lajkonik, c’est d’abord la cuisine polonaise, « avec des produits du terroir que nous transformons », entre les mains de Mariusz Majek, le chef. C’est ensuite la musique polonaise, avec des musiciens « en direct » et Jean-Pierre qui chante ! Le patron est un incroyable « metteur en ambiance » ; cette convivialité est sans aucun doute la clé du succès du Lajkonik. « Pour les membres de la communauté polonaise, ici c’est leur maison, sourit Jean-Pierre. Pour tous les autres, qu’ils soient Français, Anglais, Belges, c’est l’endroit idéal pour rencontrer l’âme des montagnes polonaises ! » Pour le premier week-end de mars, le Lajkonik fêtera les grands-mères, « puis pour chaque fête du calendrier il y aura un menu spécial… » 72 couverts en salle, 30 à 40 en terrasse. Un plat du jour durant la semaine. Ouverture du mercredi au vendredi midi et soir ; samedi soir, dimanche midi avec ambiance polonaise. Pour la petite histoire, le Lajkonik est lié à Cracovie et aux Tatars qui attaquaient régulièrement la ville au début du treizième siècle. On dit qu’un soir de juin 1287, ces tatars étaient aux portes de la ville. Ils ont été attaqués et repoussés par les marins bateliers de la Vistule. Ces derniers, heureux de leur victoire sont entrés dans la ville, à cheval et déguisés en tatars. Cette victoire est célébrée par la parade d’un homme portant un petit cheval de bois.
Rens. 03 21 52 19 19
Qui est « Jasiu » ?
Jean-Pierre Krzyzanowski, « Jasiu », Jean en patois polonais, pour les intimes - séjourne régulièrement dans les Carpates de ses ancêtres, du côté de Zakopane. « On dit : le gros est parti dans ses cailloux ! Je me ressource là-bas et quand je reviens, je réfléchis beaucoup mieux, je suis moins impétueux, moins ronchon. » Il fallait une bonne dose de calme pour suivre la renaissance du Lajkonik, un restaurant devenu en presque dix ans le must pour la communauté polonaise. « Au départ, c’était un pari, reconnaît Jean-Pierre. Démontrer que les Polonais ne mangent pas que du chou et du lard, ils ont aussi une gastronomie ! Démontrer que les anciens ne mentaient pas, les Polonais savent vraiment s’amuser… » La philosophie du « bien manger et boire après ». Faire la fête dignement. Mets, musique, ambiance. Le culte du « zapraszamy » : nous vous invitons ! Le Lajkonik était un refuge pour une communauté qui a beaucoup évolué avec « une 2e et une 3e générations un peu paumées ». Sans trait d’union. « Jasiu », 56 ans, sait de quoi il parle car durant près de trente ans il a travaillé pour Narodowiec. Du statut d’apprenti typographe à celui de photographe. « Ce quotidien d’envergure internationale fut un pont entre toutes les émigrations polonaises. Une institution ». Alors, les Polonais du Nord et du Pas-de-Calais, il les connaît par cœur. « Nous avons apporté notre joie de vivre. Notre courage au travail. Les mineurs polonais sont venus avec leurs bras mais aussi leur tête ! Ils avaient un bon Q.I. et ne voulaient pas que leurs enfants aillent à la mine. Ils se sont sacrifiés ». « Jasiu » entretient un flou artistique autour de ses propres racines. Il lâche quelques bribes : une grand-mère fière d’avoir un petit-fils au Narodowiec, des bagarres à l’école parce qu’on le traitait de « sale Polak ». Par contre, maîtrisant parfaitement la langue de Mickiewicz, il est toujours prêt à aider les autres à retrouver leur passé : « généalogie, itinéraires en Pologne, je donne de nombreux coups de main, j’oriente, je fais connaître ». Narodowiec, Lajkonik : il y a un véritable fil rouge, rouge et blanc même, dans la vie de Jean-Pierre Krzyzanowski. Fil relié à l’un des deux ventricules qui fait battre son cœur en polonais. L’autre souffle le français bien sûr. Avoir deux cultures est une panacée. Et « Jasiu » se réjouit de « ne parler que polonais » à sa petite-fille de deux ans ; les autres grands-parents se chargeant du français. La petite-fille n’a rien à craindre du Lajkonik, le cavalier barbu avec son cheval blanc. S'il vous touche de sa masse, il vous apporte la bonne fortune pendant toute l'année !
Texte extrait du livre « 100 figures du Pas-de-Calais, témoins de l’immigration polonaise »
aux éditions Les Échos du Pas-de-Calais. Rens. 03 21 54 35 75
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
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