Mais quel est donc cet édifice à deux pas de la gare de Béthune, un hôtel de luxe, une résidence grand standing ? La structure a de quoi interroger, et pourtant… La résidence Outrebon, une tour de 10 étages au look futuriste héberge 47 logements sociaux distribués entre 39 appartements dans la tour, 5 maisons individuelles et 3 autres logements individuels superposés.
« Il faut changer le point de vue sur le logement social !» lance Laurent Dal (direction départementale de Pas-de-Calais Habitat), et de ce point de vue là, exercice réussi ! Le bâtiment impressionne par sa taille, sa forme et son style.
A l’origine du projet, l’ancien maire de Béthune Jacques Mellick, qui souhaitait changer le visage architectural de Béthune avec un bâtiment marquant l’entrée de la ville. Pour arriver à ce résultat, Frédéric Borel, grand prix national d’architecture en 2010, a dû réaliser un exercice de style « difficile ». Réaliser un bâtiment au design atypique et en prenant en compte son caractère social, et donc de son budget fixe ! L’architecte a conçu la tour comme « un bâtiment tuteur, pour prendre de la hauteur (35 m) et venir tutoyer le Beffroi, venir chercher les hauteurs mais tout en restant ancré au territoire. », telle est sa définition de la résidence. Elle semble en effet ancrée au territoire par les nombreux poteaux métalliques mais aussi par les maisons individuelles et les logements de sa base, fondus dans l’architecture existante de la rue. Autre fil rouge de la construction « le logement social doit apporter le même confort que l’accession ». Appartements très lumineux, menuiseries alu, chauffage central et non électrique, respect des dernières normes en acoustique… bref on est bien loin de l’idée globale sur un appartement à caractère social. Énergétiquement les appartements se paient même le luxe d’accrocher une catégorie B !
Mais avant d’en arriver là, il aura fallu tout le génie constructif de l’entreprise Norpac et des techniques de réalisations inédites, surtout pour du logement social imposant des coûts fixes. Les chiffres sont impressionnants, 20 mois de travaux, quasi 29 000 heures de travail, 1 300 plans, 512 panneaux préfabriqués en béton architectonique, des poteaux métalliques pointant à 21 m et portant jusqu’à 120 tonnes de charge !
L’utilisation de panneaux préfabriqués sur une telle construction a imposé certaines contraintes « nous devions poser des blocs de béton pesant de 1 à 9,5 tonnes, avec une précision de 5 mm » précise Remy Gorisse, directeur des travaux. « …et comme chaque étage est différent du fait de l’architecture, nous avons dû innover dans notre technique de construction ». Concrètement, la construction s’est appuyée sur une maquette numérique, véritable « pilier central » du projet. Nécessitant un an de travail à temps plein, chaque élément de la structure a été virtuellement testé en amont, et ce à toutes les étapes de la construction. Permettant de valider individuellement, avant construction, chaque bloc préfabriqué. Chaque plan donné étant appuyé d’une représentation 3D permettant aux ouvriers de visualiser avant même la réalisation, le résultat final.
Bilan aucun retour des éléments préfabriqués, et le bâtiment fut livré avec un mois et demi d’avance sur le planning initial ! 
Construit pour s’inscrire durablement dans le paysage béthunois, l’emploi délibéré du béton teinté dans la masse nécessite très peu d’entretien contrairement à un enduit, les menuiseries alu et le chauffage au gaz seront également un gage de qualité pour les locataires qui n’auront pas à dépenser une fortune en charges diverses. Reste seulement, comme le précise l’un des locataires d’une maison individuelle, à « demander à Ikéa de construire des étagères à 105°, car rien dans le commerce n’existe pour l’instant… » !
La perfection n'étant pas de ce monde, l’appel est lancé…
Jérôme Pouille
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