Ils auraient pu s’appeler « Ameedale », en référence à l’amygdale : noyau pair situé dans la région antéro-interne du lobe temporal du cerveau et qui serait impliqué dans la détection du plaisir ! Ils ont préféré « Eepocampe », en référence à l’hippocampe : situé dans le lobe temporal médian sous la surface du cortex et qui joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale… Une chose est sûre, l’hippocampe joue son rôle à merveille à l’écoute du deuxième album du trio arrageois, les huit titres restant solidement accrochés à la mémoire.
« When things get abstract » - Quand les choses deviennent abstraites – est sorti le 5 octobre 2011 et il a très vite et très concrètement séduit les critiques très spécialisés du rock sur la toile. « Oui sur Internet, nous avons vu fleurir des articles élogieux grâce au bon travail et à la bonne réputation du couple d’Aix-en-Provence qui s’occupe de notre communication » ajoute Antony Lourdel, bassiste, chanteur et auteur d’Eepocampe. Une bonne « comm’ », un bon son (enregistrement et mixage signés Olivier t'Servrancx), le groupe a soigné cet album, prenant tout son temps (deux ans) pour entrer dans une autre dimension. Si leur premier opus, « Day after day, all takes another way », les avait mis en orbite autour de la planète « post-rock » (Mogwai, Explosions in the sky, Sigur Ros, etc.), ce « When things get abstract » les propulse dans une autre galaxie. « Nous voulions quelque chose de plus rythmé, de plus pêchu » dit encore Antony. C’est gagné. Si les cordes d’Alexis Médina restent élégamment post-rockiennes, l’ensemble sonne davantage rock alternatif. Pas étonnant de lire dans les commentaires sur cet album, des allusions aux Smashing Pumpkins, à Seafood ou Sonic Youth, voire Moving Mountains… « On a toujours joué avec les tripes et enfin ça s’entend ! » Autre grosse évolution : il y a plus de chant, et un seul instrumental. Séduit par David Lynch, Anthony a « planché » sur l’imaginaire, les rêves, la perception des choses… « Plus une chose est abstraite, plus il existe d’interprétations possibles » répète le cinéaste et musicien américain. Une véritable devise pour Eepocampe qui invite tous ceux qui écouteront leur CD – les verront sur scène – à partir sur leur propre chemin, en posant leur interprétation personnelle… avec des lions, des éléphants, un esprit indécis ! « When things get abstract » est une belle réussite avec des mélodies fortes et fragiles à la fois, inspirées. Une musique qui apaise tout en secouant les neurones. Presque cinématographique. Abstraction terrestre au retour d’un long voyage.
Après le Japon, l'Europe ?
Eepocampe est né le 31 décembre 2005, une première « répète » avant de faire la fête. Amis depuis qu’ils sont gosses, dans le quartier de l’Hippodrome à Arras, Antony Lourdel, Alexis Médina et Anthony Wailly (le batteur) avaient envie de monter un groupe. Tout bêtement, en reprenant du Bloc Party et autres fantaisies lycéennes. Sans connaître le solfège, tout à l’oreille, ils ont répété et répété jusqu’à leur première fête de la musique à Arras en juin 2007. Entre temps, ils avaient découvert Explosions in the sky et le post-rock. Tout est allé très vite… Poussé par un prof’ de dessin et leader du groupe Hamilton, le trio a enregistré son premier CD à l’automne (« album bancal » dit Antony) avant d’enchaîner avec les concerts, dans le Nord, le Pas-de-Calais et… au Japon ! Contactés par un manager américain, les trois copains ont passé douze jours à Tokyo et dans sa banlieue : « neuf concerts, avec du matos, des ingénieurs du son et un public très respectueux ». Expérience inoubliable. Et riche d’enseignements. Après l’épisode japonais, Eepocampe a finalement compris que les choses pouvaient devenir abstraites. Fiers de leur nouvel album, Antony, Anthony et Alexis ne ménagent pas leur peine pour le promouvoir ; ils seront sur la scène du Biplan le vendredi 25 novembre 2011 à 22 heures, en première partie du groupe belge de post-rock Cecilia Eyes. Et rêvent d’une tournée européenne dans les clubs en février-mars. Une idée pas si abstraite que ça !
Écouter et commander l’album : http://eepocampe.bandcamp.com/album/when-things-get-abstract
Texte : Christian Defrance / Photo : Sébastien Czeryba
URL courte : www.echo62.com/actu3188
