
Ceux qui imaginaient que Welcome, le désormais célèbre film de Philippe Lioret, contribuerait à modifier la loi qui punit l’aide aux migrants, peuvent enfouir leur espoir dans leur poche, et poser leur mouchoir par-dessus. « Le film est une belle histoire mais il y a un certain nombre d’amalgames. On ne lâche pas les chiens sur les migrants à Calais. L’action des forces de police y a été caricaturée. Elle est traitée de façon partielle et partiale ! » a expliqué le préfet du Pas-de-Calais, Pierre Bousquet de Florian, hier matin à l’hôtel de Police de Coquelles. D’une façon générale, le représentant de l’État s’est ému de la stigmatisation de la police qu’il était venu soutenir. Il estime que « Les migrants les traitent mal » et que la population va finir par penser que les fonctionnaires de police font leur travail de façon irresponsable. « C’est injuste de traiter les policiers de cette manière. Ils agissent avec tout le discernement, l’éthique, le sens des responsabilités et l’humanité que supposent les situations qu’ils rencontrent. »
Calais et ses environs ont sans doute vu passer des dizaines de milliers de migrants. Si les rixes entre communautés ont été régulièrement déplorées, il semble que les habitants n’aient jamais eu à subir d’agression. Quand, en situation irrégulière, on souhaite éviter les contrôles de police, on affiche profil bas… Selon le préfet Bousquet de Florian, il semble que la situation évolue. Il a assuré que, poussés par les passeurs, les migrants devenaient offensifs. Des chauffeurs routiers ont été attaqués, un vigile de l’usine Tioxide de Calais a été malmené la semaine dernière et des fonctionnaires de la PAF, qui se trouvaient sur l’aire de service de l’autoroute A26 à Saint Hilaire Cottes, affirment avoir été la cible des migrants. Les bénévoles de Terre d’Errance attestent, eux, d’une autre version. Ils certifient que les migrants n’ont en aucune manière menacé les forces de l’ordre mais que « les fonctionnaires de la police de l'air et des frontières (…) se sont livrés à des actes inacceptables : passages a tabac, lacrymogènes à bout portant, lâcher de chiens… pendant une longue, très longue demie heure... Les bénévoles de l'association soulignent que le lendemain, ils ont constaté, stupéfaits, les visages tuméfiés et à peine reconnaissables des migrants passés à tabac. Deux personnes ont été hospitalisées d'urgence (côtes fracturées, traumatisme crânien) et deux personnes emmenées chez des médecins… » Le préfet estime, quant à lui, que « c’est un extraordinaire retournement de situation de la part des agresseurs et de ceux qui les soutiennent. »
« Les bénévoles mélangent volontairement les choses »
M. Bousquet de Florian reconnaît la difficulté de la situation des migrants. « Je sais leur détresse, je comprends la position des gens qui compatissent… On sait que les migrants ont besoin d’être nourris, d’être soignés. J’admire le dévouement des bénévoles. Mais cet ensemble de bons sentiments honorables n’apporte pas la solution et il y a une dimension qu’on ne peut accepter : quand certains refusent de faire la distinction entre les réfugiés et les passeurs, et mélangent volontairement les choses… c’est un peu court de dire que les passeurs sont des migrants comme les autres. Ce sont des gens qui rackettent leurs compatriotes. Nous sommes dans une économie de délinquance. C’est de l’angélisme de ne pas faire la différence. »
Du côté des bénévoles, chacun s’insurge. « Faut-il sélectionner les gens à qui on porte secours ? » interroge un membre de l’association Terre d’Errance. « Et comment distinguer un migrant d’un passeur vietnamien quand on ne communique qu’avec des sourires ? » renchérit une bénévole du collectif de soutien aux migrants, à Angres. De ce côté-là, les fonctionnaires de police ont résolu le problème, la totalité des réfugiés présents au campement jeudi matin a été interpellée et emmenée. « Ils ont été regroupés et attachés ensemble, mains dans le dos, en file comme du bétail, a décrit un témoin, mais sans aucune violence." M. Bousquet de Florian explique, du reste, que tous les jours il y a plusieurs dizaines d’interpellations. Qu’il y a difficulté à reconduire les personnes en situation irrégulière dans les pays d’origine et que M. Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, travaille actuellement sur des accords internationaux. « Les migrants ne sont pas non-reconductibles ! » a tenu à souligner le représentant de l’État.
Pas de Guantanamo calaisien
La solution pour l’État et son représentant ? Rendre plus hermétique la frontière entre le Pas-de-Calais et l’Angleterre. « Si on étend l’étanchéité, on tarit le flux. » Selon le préfet, déjà, le nombre de candidats au passage a diminué. (Mais selon les associations, réparties désormais sur l’ensemble des zones côtières et le long des autoroutes, si les réfugiés sont moins concentrés effectivement sur Calais, ils s’éparpillent dorénavant partout…) Éparpillés ou pas, ils auront dans un proche avenir beaucoup plus de mal à passer de l’autre côté du Channel. Les moyens de sécurité vont être renforcés, de nouvelles technologies vont être sollicitées, « si elle existent, nous les prendront, sinon, il faudra les inventer. Nous sommes dans un système où ce sera zéro défaut ! »
Parmi les moyens mis prochainement en œuvre, est prévue l’extension d’une salle que l'agence aux frontières britannique (UKBA, United Kingdom Border Agency) possède sur le port de Calais. Le bruit courait que ce centre serait un bout de territoire britannique pour tout ce qui concerne les lois sur l'immigration, et qui permettrait de renvoyer facilement chez eux les déboutés du droit d'asile. Du coup, la craintes des associations humanitaires était de voir ce centre doté d'un statut extraterritorial en territoire français. D’aucuns parlaient déjà d’un Guantanamo en Calaisis. Un Guantanamo où les demandeurs d'asile ne séjourneraient certes que pour une courte période, recevraient un traitement humain, mais… se retrouveraient dans un vide juridique. « Nous sommes en France ! s’est exclamé le préfet. Il n’est pas du tout question de mettre en place un tel projet. Il ne s’agit que d’agrandir une salle de 20 m2 qui se trouve dans la zone de contrôle britannique sur le port. Quand les policiers anglais découvrent des migrants dans les camions, ils les placent là, vérifient leur identité puis les confient à la PAF de Calais. Les Anglais trouvent juste le local trop petit et sans confort. » Le préfet a insisté : « Ce ne sera en aucune manière un centre de rétention ! »
Marie-Pierre Griffon
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