Le Prix Jean-Amila-Meckert 2010 a été attribué le vendredi 30 avril 2010 à Florence Aubenas pour son ouvrage « Le quai de Ouistreham » publié aux Éditions de l'Olivier. En reportage au Mexique, Florence Aubenas ne pouvait donc pas recevoir son prix lors de la cérémonie organisée au Théâtre d'Arras vendredi soir. D’un montant de 4 000 €, cette belle récompense lui sera remise en mains propres par Dominique Dupilet, président du Département du Pas-de-Calais, le lundi 17 mai 2010 à 16 h 45 à l'Hôtel du Département à Arras. La cérémonie sera suivie d'une rencontre entre Florence Aubenas et ses lecteurs et d'une séance de dédicaces, toujours à l'Hôtel du Département. Une vente de livres sera organisée sur place.
Rappelons que le Prix Amila-Meckert est organisé par l'association Colères du Présent ; il est doté financièrement par le Département du Pas-de-Calais et met à l'honneur chaque année depuis 2005 un livre d'expression populaire et de critique sociale édité au cours de l'année précédente. Tous les Français ou presque connaissent Florence Aubenas, son visage… Retenue en otage en Irak durant 157 jours, ce grand reporter a acquis une vraie notoriété. Florence Aubenas a toujours prôné la notion d’engagement, « dans tous les sens du terme », dans son métier. Soulignant son éclectisme, elle s’est sans cesse présentée comme une journaliste « spécialiste de l’inattendu », passant du Rwanda à l’Irak, du Kosovo à l’affaire d’Outreau… Avant d’être enlevée à Bagdad, Florence Aubenas avait suivi ce feuilleton de la Côte au jour le jour pour Libération. À Outreau et dans le Pas-de-Calais, on n’a pas oublié qu’elle ne se mêla jamais au concert médiatique parisien transformant ce sordide emballement judiciaire en « histoire qui fait peur avec des ogres et des ogresses… » Elle a d’ailleurs publié fin 2005 un ouvrage intitulé « La méprise. L’affaire d’Outreau ». « Une totale méprise » du début à la fin, une méprise qui a abouti à une erreur judiciaire ahurissante.... Florence Aubenas avait tout oublié de cette affaire et retrouvé ses notes de la « couverture » du procès pour Libération, notes qu’elle avait entrepris de mettre en forme en vue d’une éventuelle édition. À son retour en France, la révision du procès n’ayant pas encore eu lieu, l’idée de la parution de ce livre lui sembla évidente. « À Outreau, des pauvres ont été arrêtés parce qu’ils étaient pauvres, des notables parce qu’ils étaient notables, un chauffeur de taxi parce qu’il avait un taxi, un curé parce qu’il était curé, une boulangère parce qu’elle vendait des baguettes. »
Hauteur d'hommes
Et c’est avec l’argent qui lui a rapporté « La méprise » que Florence Aubenas a financé une incroyable « immersion ». Cette fois, le grand reporter ne s’est pas rendu au bout du monde mais à Caen. En Normandie ! Personne n’a mis un nom sur le visage de l’ex-otage - certes elle avait teint ses cheveux en blond et chaussé des lunettes -, quand elle a loué un petit meublé, quand elle s’est pointée à Pôle Emploi pour chercher du travail, quand elle s’est transformée en femme de ménage à bord des ferrys à Oustreham. En prenant un congé sans solde, Florence Aubenas a vécu de février à juillet 2009 « à hauteur d’hommes ». Une plongée dans le quotidien d’une femme de ménage. La précarité. La solidarité aussi. Les amitiés. Les petits chefs. La douleur physique. La fatigue nerveuse… Une immersion que Florence Aubenas raconte « au présent » et cœur battant dans « Le quai de Ouistreham ». Un livre touchant et drôle qui explique très concrètement « comment on vit aujourd’hui en France avec moins de 700 euros par mois ». Un livre « parce que les journaux ont du mal à rendre le réel », explique Florence Aubenas au fil des interviews qui se succèdent depuis quelques semaines. Otage durant cinq mois, femme de ménage durant six mois, Florence Aubenas est une journaliste hors du commun qui pose un regard différent sur la vie… Le même regard que Jean Meckert, alias Jean Amila qui resta constamment « à hauteur d’hommes ».
SR : Chr. D. / Photo : www.lesvoiesdelaliberte.be
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