Quelques heures après la profanation des tombes du carré musulman de Lorette – commise dans la nuit du 5 au 6 avril – Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants, s’était rendu à la Nécropole nationale pour dire à quel point cette profanation était inqualifiable… Quelques semaines plus tard – ce jeudi 24 avril – il est revenu à Notre-Dame de Lorette, lançant officiellement le 90e anniversaire de l’Armistice de 1918 en se rendant d’abord dans le carré musulman pour se recueillir. « Je dois vous dire notre dégoût et notre indignation devant l’odieuse profanation de ces lieux sacrés » lut-il quelques minutes plus tard, après avoir salué les gardes d’honneur de Lorette, les porte-drapeaux, les nombreuses délégations étrangères parmi lesquelles le ministre australien des Anciens combattants, les élus locaux. Car Jean-Marie Bockel a bel et bien lu le discours qu’aurait dû prononcer Nicolas Sarkozy. Le président de la République avait annoncé sa venue à Lorette, l’annulant après le décès d’Aimé Césaire. Il y a avait surtout le direct à la télé ce jeudi soir... « Il viendra ici, assez rapidement. Il me l'a redit ce matin », confia ensuite le secrétaire d’État aux journalistes.
40 058 tombes
Revenons à la cérémonie proprement dite, sobre et émouvante, avec dépôts de fleurs par des enfants, lecture de poèmes écrits par des lycéens d’Avion, une « Madelon » interprétée avec brio par une chorale de jeunes élèves. Émotion particulière soulignée par le secrétaire d’État : c’était la première cérémonie sans Poilu. Nous passons vraiment dans la « dimension de mémoire ». Lazare Ponticelli s’est en effet éteint le 12 mars ; il était Italien de naissance. L’occasion pour J.-M. Bockel d’évoquer les « patriotes hétéroclites venus combattre en France » : Italiens, Russes, Polonais, Suisses, Tchèques, Slovaques, Américains… Faisant donc siens les propos du président, il rappela les « souffrances inouïes endurées sur cette butte de Lorette à 168 mètres d’altitude » : les premiers soldats du 149e RI tombant le 9 octobre 1914, l’offensive du printemps 1915 avec une colline reprise puis perdue à nouveau, l’assaut des Canadiens en 1917 (3 598 morts).
Si cette cérémonie a permis « d’honorer la mémoire des 40 058 soldats qui reposent en paix dans la nécropole nationale », elle a également permis de ne pas oublier tous ceux qui ont combattu en France durant la Grande Guerre : soldats britanniques, indiens, tchèques, polonais, canadiens, australiens, néo-zélandais, sud-africains, terre-neuviens, portugais, roumains, belges et… allemands (le cimetière de la « Maison Blanche » compte 36 792 tombes). « Enseignons le sens de leur sacrifice aux jeunes générations » lança Jean-Marie Bockel. Pour ne plus jamais salir la mémoire de tous ces combattants, ne plus jamais « souiller la mémoire des soldats musulmans ». Et le secrétaire d’État insista sur la bravoure des soldats de la division marocaine de Lorette, des hommes du 7e régiment des tirailleurs algériens – les « hirondelles de la mort » le 9 mai 1915 à Vimy. « Pour vivre en paix avec nous-mêmes, nous devons vivre en paix avec notre passé » conclut Jean-Marie Bockel avant de se rendre dans la crypte et signer le livre d’or. En quittant les lieux, il a promis que l’État allait progressivement s’engager dans la sécurisation du site (éclairage…), en s’appuyant sur les réflexions des élus locaux… Des élus locaux pas toujours sur la même longueur d’ondes ; Michel Vancaille, président de la communauté d’agglomération Lens-Liévin, déclarait récemment : « l’État doit se rappeler qu’il y a une nécropole nationale qui s’appelle Lorette ».
Jean-Marie Bockel reviendra peut-être une nouvelle fois à Lorette, tout simplement pour se recueillir sur la tombe d’un aïeul « enterré quelque part sur cette colline ».
Légende : Jean-Marie Bockel, entre le maire d’Ablain-Saint-Nazaire et le préfet Rémi Caron.
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
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