
Aujourd’hui dans le monde, plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH sont des femmes. En France, elles sont plus de 43 %. Elles n’étaient que 5% il n’y a pas si longtemps... La croissance féminine de l’épidémie est fulgurante. À l’initiative d’un collectif d’associations* coordonné par Catherine Kapusta-Palmer, un colloque a été organisé en 2007 sur la question des femmes dans la pandémie du sida. En octobre dernier au Palais Bourbon, sur l’invitation de Marie-George Buffet, la présidente du groupe d’études sur le sida à l’Assemblée nationale, le collectif, des femmes porteuses du virus et des professionnels ont témoigné de la situation actuelle. Ils ont présenté les revendications émises lors du colloque. Parmi les députés à l’écoute, Catherine Génisson du Pas-de-Calais.
Longtemps le sida est resté dans l’esprit de la population et des spécialistes, l’affaire des classes «à risque». Quand on est homosexuel californien, prostitué(e) ou toxicomane, on était forcément plus vulnérable que les autres. Inconsciemment, les femmes qui ne faisaient pas partie de ces groupes se sont senties (et ont été pressenties) «invulnérables». Qui ne se croit pas en danger ne se soucie pas de se protéger. Peu à peu, la contamination hétérosexuelle a pris le pas sur toutes les autres. Or, pour des raisons physiologiques et biologiques, les femmes courent un risque trois à huit fois plus élevé que les hommes d'être infectées par le VIH durant les rapports sexuels... Sans compter qu’il est parfois difficile pour certaines femmes de refuser une relation sexuelle ou d’imposer aux hommes le port du préservatif. Certes le préservatif féminin est apparu depuis peu, mais son prix (il est six à dix fois plus cher que son homologue masculin), son manque de promotion et de disponibilité (les circuits de distribution classiques ne le diffusent pas ou peu) font obstacle à son utilisation. Ceci dit, qu’il soit masculin ou féminin, beaucoup de femmes ne s’en soucient pas car elles n’en ont jamais eu besoin ! Il s’agit de toutes ces personnes, qui après une longue vie de couple, divorcent et commencent à cinquante ou à soixante ans, «une nouvelle vie». «Là, les dégâts sont importants,» explique Catherine Kapusta-Palmer, qui a quitté le Pas-de-Calais, et qui est aujourd’hui membre du Conseil national du Sida, coordinatrice que la question du sida au Planning familial et responsable de la Commission traitements et recherche d' Act up-Paris. Peu de recherche La place des femmes dans les travaux de recherche sur le VIH est inversement proportionnelle à la croissance exponentielle des contaminations. Les chercheurs estiment que les variations hormonales et l’utilisation de la pilule pourraient être sources d’erreur, que le risque de grossesse empêche de tester les médicaments. Ils proposent donc aux femmes le même traitement qu’aux hommes. Or les différences physiologiques entraînent des effets secondaires ahurissants, mal connus, voire inconnus par la plupart des généralistes et des gynécologues. Certaines vivent des calvaires. Des voix désespérées se sont fait entendre en octobre à l’Assemblée nationale. Notamment celle de Pascale, une jeune femme qui vit avec le VIH depuis 1984. Elle a raconté en larmes contenues son combat seule, contre la maladie, contre les médecins et la recherche. Elle a évoqué ses dépenses non remboursées pour annihiler les effets secondaires catastrophiques non pris en compte par les laboratoires. Mieux vaut être riche et en bonne santé... Un bouclier social ? Et mieux vaut ne pas être séropositif pour garder son emploi. Parmi les suggestions émises aux députés, l’idée d’un bouclier social a émergé. Quand il faut vivre avec le sida et la seule allocation adulte handicapé (652 euros) qui bien sûr ne permet pas de bénéficier de la CMU avec complémentaire (le maximum des revenus est de 606 euros)... on trouve que la vie est dure. On la trouve déjà bien difficile quand, vivant avec le virus, on subit les franchises médicales (plus on est malade, plus on paie), et le déremboursement d’un nombre toujours croissant de médicaments. Et que dire des femmes migrantes chez qui «Médecins du Monde» découvre la maladie ? Si elles repartent dans leur pays, elles sont condamnées à mort... Ne pourrait-on imaginer un droit d’asile sanitaire ?
• Act up-Paris, le Mouvement français pour le planning familial et Sida Info service ont été rejoints par 16 associations de femmes et associations de lutte contre le Sida.
• Selon les chiffres de l’Institut de veille sanitaire (InVS) publiés en novembre 2007, la contamination lors de rapports hétérosexuels est désormais la voie de transmission la plus fréquente (60 %)
Marie-Pierre Griffon / Photo : Rose Rachelle Rebelle
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