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| Roland Dussaussoy peaufine la fin de sa trilogie villageoise. |
« Ch’est honteux ! » dit-il. Petit exercice de flagellation, très virtuel, pour Roland Dussaussoy qui, enfin, annonce la publication du troisième et dernier tome de « L’héritache èd’ min père ». L’ouvrage est en souscription jusqu’au 26 décembre 2011 au prix de 20 euros, puis il paraîtra en janvier 2012. Adon cha coûtera deux euros pus ker. Le premier tome est paru en 2001, le deuxième en 2004 et fort logiquement la suite en picard (en patois si vous préférez) de « la vie de deux couples de fermiers dans les années cinquante » aurait dû voir le jour en 2007… mais Roland Dussaussoy s’est laissé dépasser par les événements et notamment son départ à la retraite !
Pensez donc il a été clerc de notaire durant trente-sept ans et demi. « L’héritache èd’ min père » est un véritable document ethnographique. Avec sa caméra, Raymond Depardon a décrit un monde rural en voie de disparition ; avec son patois, Roland Dussaussoy raconte un monde rural disparu. Un travail documentaire très fouillé et très utile « parce qu’on a souvent négligé de demander à nos parents, nos grands-parents comment ils vivaient… avant de le regretter » avoue Roland, né à Laires, village du canton de Fauquembergues dont il s’est forcément inspiré pour transmettre « l’héritache ». Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que… le contraire de fortuite. L’auteur a puisé dans ses souvenirs lairois, il a glané dans les livres de vieux épis, il a mis à contribution ses collègues patoisants de l’association audomaroise Les Harchelles pour retracer tous les faits et gestes des ses « héros » au rythme des saisons, des fêtes, au rythme de la terre tout simplement.
Le legs du passé
Ainsi ce troisième tome ira du 1er mai au 31 août et le lecteur fera connaissance (s’il est encore jeune !) ou retrouvera avec émotion (s’il a grandi à la campagne dans les années cinquante ou soixante) la kermesse, le cantonnier, les communions, le cordonnier, la buée (la lessive), les lapins, le pain, les Polonaises dans les fermes, la naissance et le baptême, les processions, la ducasse, le certificat, le 14-Juillet, un « gros arnu » (un orage), la moisson, etc. Le tout en patois, avec un vocabulaire d’une richesse inouïe (lexique complet à la fin de l’ouvrage), avec un bon bouillon de traditions, superstitions et dictons. Du vécu, des racines dont Roland Dussaussoy a extrait un jus idéal pour arroser notre curiosité ou notre nostalgie. À lire à haute voix, en s’appliquant car au début ça paraît compliqué. C’est l’accent de Laires, celui d’ches pays d’in-hiaut. Exemple : « Aller à cardons, ch’étouait coper ches cardons quand qu’is étouatent’té core pitits, aveuc in.ne écardonnette, in.ne espèce èd’ lame au bout d’in long manche èqu’cha copouait comme in rasouéïe. On sait bièn qu’in copant tous ches cardons on s’n’allouait priver ches écardonnettes, des oujéowes, èd’minger ches graines èd’cardon ch’t’étèïe, mais, après toute, comme on dit : chaqueun sin gane-pain.ye ! » Les pesticides ont tué les chardons. Le chardonneret est en voie de disparition. Ainsi Roland Dussaussoy fait œuvre utile pour notre culture populaire, parce que « même si demain il faut faire eune croix d’sus nou patois », l’héritage de nos pères vaut de l’or.
Pour commander « L’héritache èd’ min père », envoyer vos coordonnées et un chèque de 20 euros (frais de port compris) à Roland Dussaussoy : 156 rue du Stiennart 62570 Helfaut ; les tomes 1 et 2 sont toujours disponibles au prix de 22 euros.
Né en 1951 à Laires, Roland Dussaussoy faisait du patois « sur les planches lairoises » dès 1968 avec le club de l’Amitié, en imitant Ch’Guss ! Au début des années 80, on l’a retrouvé à la radio : ses monologues sur RLC (Saint-Omer) étaient très prisés. À partir de 1988, il a été une cheville ouvrière de l’association Les Harchelles, avec des spectacles, des bulletins… Aujourd’hui, faute de relève, Roland se sent un peu seul dans son coin, même si le Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale compte sur lui pour que le patrimoine linguistique soit durable. Ch'clerc n'a pont dit sin darnier mot.
Texte et photos : Christian Defrance
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