
Il y a ceux qui se contentent de regarder passer les coureurs cyclistes… Puis il y a ceux qui les regardent passer certes et passent ensuite des heures à éplucher les listes d’engagés et les classements ! Parfois, ils décident de pédaler sur la machine à remonter le temps et là les statistiques deviennent « travaux de bénédictin ». C’est alors dans les salles d’archives que se dispute un étonnant contre-la-montre. Dans ce peloton des bénédictins du cyclisme, deux maillots font régulièrement la course en tête : Michel Dargenton et Pascal Sergent.
Le premier est Belge et a commencé au début des années 80 à « archiver » des annuaires de cyclisme, des journaux et des revues. Aujourd’hui, il est arrivé à 30 000 journaux et 10 000 revues… Et dire qu’il est allergique aux vieux papiers, obligé de porter un masque ! Michel Dargenton a « refait l’histoire » de plusieurs courses dont la mythique Paris-Brest-Paris. Un archiviste féru d’anecdotes. Tout comme Pascal Sergent : le « Monsieur Paris-Roubaix », véritable historien du cyclisme, doté d’une belle plume - il a obtenu le prix Louis-Nucera pour sa biographie de Charles Crupelandt. Dargenton-Sergent, un tandem de choc qui s’est attaqué à un « pavé » : décortiquer les 107 éditions d’une « classique unique », Paris-Roubaix. Partants, classements, fiches techniques, itinéraires. Facile quand il s’agit de se pencher sur les cinquante dernières années ; un sacré tour de force de 1896 à la Seconde Guerre mondiale. Imaginez le boulot pour collecter les noms des 256 partants de l’année 1923 ! Ou pour déjouer les pièges liés aux nationalités, aux pseudonymes, aux coquilles des journaux. En 1896, le célèbre Maurice Garin est encore Italien (il sera naturalisé Français le 21 décembre 1901) et « Vendredi » s’appelle en fait Hypoli Figaro, natif de l’Ile Maurice ! En 1897, un futur peintre de renom prend le départ : Maurice Vlaminck. Impressionnant : nos bénédictins ont relevé la météo du dimanche de Pâques (la course se disputant naguère ce jour-là), les primes…
Le périodique belge « Coups de pédales » - la bible des archivistes du vélo – vient de publier le fruit de leurs recherches : un hors série (le numéro 18) de 370 pages… Ce « Paris-Roubaix. Une classique unique » n’est pas réservé à l’élite des statisticiens du vélo, loin de là. Les non initiés tourneront les pages avec plaisir, attirés par de très belles photographies mais aussi par toutes ces listes de noms ; des milliers de coureurs anonymes qui ont vécu « l’enfer du Nord ». Une expression apparue en 1919 quand la 20e édition traversa les champs de bataille, les villages dévastés. Des anonymes et toutes les gloires du cyclisme aussi : Garin, Faber, les Pélissier, Coppi, Merckx, Hinault ou Duclos-Lassalle qui a gagné en 1992 et 1993 à 37 et 38 ans. Michel Dargenton et Pascal Sergent avouent humblement qu’il manque encore des détails ! Ils savent aussi que d’autres « bénédictins » vont relever des imprécisions, des anomalies... Les pavés sont parfois glissants mais la course est toujours belle.
« Paris-Roubaix. Une classique unique », 37 euros, à commander à Coups de pédales : 119, rue de la Forêt 4 100 Seraing (Belgique)
Chèque à l’ordre de Coups de pédales.
Chr. D. / Image : Coups de pédales
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