
Nous sommes à la fin du premier siècle après Jésus-Christ, pas loin de la frontière entre les Atrébates et les Morins, deux tribus gauloises en pleine « romanisation ». Sur un « point haut », un temple domine les environs. Un sanctuaire rural appelé fanum. Il est dédié à une divinité ; Atrébates et Morins y tiennent sans doute des réunions. À la fin de l’année 2006, avant que ne soient lancés les travaux du fameux contournement de Bruay, les archéologues font des diagnostics sur les hauteurs qui dominent la commune de Ruitz, à proximité d’un terril… Ils mettent au jour les fondations (remplie de calcaire pilé) d’un temple gallo-romain. Et notre fanum surgit des limbes et des limons de l’histoire.
Trois ans plus tard, la découverte est entre les mains du Centre départemental d’archéologie. Depuis le début du mois de septembre 2009 et jusqu’à la fin du mois de novembre, une douzaine d’archéologues fouillent de manière exhaustive ce fanum : « une première dans le Nord – Pas-de-Calais », précise Jean-Luc Marcy, directeur de ce Centre départemental d’archéologie. Le fanum possède une cella (pièce où le dieu réside), le plus souvent carrée, entourée d'une galerie, couverte ou non. Galerie qui pouvait servir à une déambulation des fidèles autour de la cella. À ce temple central, s'ajoute une enceinte, quelquefois matérialisée sous la forme d'un fossé ou d'un mur, le temenos, délimitant l'espace sacré. Près du temple, deux bâtiments carrés ont aussi été dégagés : « peut-être pour loger des gardiens du temple », explique Jérôme Maniez, responsable du site. Naturellement, lorsque les fouilles seront achevées, les archéologues établiront un rapport qui permettra d’en savoir plus sur les temples gallo-romains et sur la « vie » autour de Ruitz il y a deux mille ans !
Fouilles préventives, médiation...
Ces fouilles permettent de mettre en exergue « l’intérêt du Centre départemental d’archéologie dont l’agrément date de 2007 », ajoute M. Dagbert, conseiller général du canton de Barlin et vice-président du conseil général. Auparavant, entre les diagnostics et les fouilles éventuelles sur des chantiers, il se passait de longs mois, « des délais incompatibles avec les attentes des élus, des habitants et des entreprises. » À Ruitz, les fouilles interviennent donc dans le cadre du très attendu contournement de Bruay et plus précisément le prolongement de la départementale 86 appelée à devenir la RD 941 : un tronçon de 4 kilomètres entre la route venant de Béthune et la rocade minière. Après les diagnostics, il y avait eu deux appels d’offres infructueux pour les fouilles ! Comme le Département a récupéré les routes nationales et leurs gros travaux en perspective, il s’est retrouvé « chez lui » sur ce tracé et a pu se passer d’un appel d’offres.
Le Centre départemental d’archéologie compte pour le moment 28 personnes et « nous nous structurons pour avoir des spécialistes dans toutes les périodes », complète J.-L. Marcy. Fin 2007, il est intervenu lors des travaux réalisés au cap Gris-Nez (opération grand site) ; puis s’est retrouvé à Harnes, à Marquise (avec découverte d’un temple romain du IVe siècle lors des fouilles préventives avant la construction de l’hôtel communautaire, de la gendarmerie)… Une autre équipe est actuellement sur la RD 939. Les archéologues départementaux seront bientôt à pied d’œuvre sur le site de la future centrale de Monchy-au-Bois puis sur la déviation de Saint-Pol-sur-Ternoise. Ce Centre départemental conserve trois axes de travail prioritaires : archéologie préventive, médiation (les écoliers de Ruitz sont les bienvenus au pied du temple !) et mise en place d’une structure pouvant accueillir toutes les « archives du sol ».
Texte et photo : Christian Defrance
URL courte : www.echo62.com/actu2504
