Prolongement d’une exposition qui avait accueilli quelque 700 visiteurs en quatre jours, le livre illustré sur Les Établissements Bracq-Laurent est le récit d’une singulière aventure industrielle et humaine, commencée en 1879 à Lens.
L’entreprise est fondée par Émile Bracq qui accole à son nom, celui de son épouse, Laurent, pour créer son enseigne. Construction mécanique, chaudronnerie, aciérie et fonderie sont alors réparties en quatre ateliers totalement détruits par les bombardements de la première guerre mondiale. Un moment transférée à Meulan en Seine-et-Oise (1917-1919), l’activité se poursuit ensuite à Achicourt près d’Arras où des bâtiments ultramodernes pour l’époque, sont construits. Sous la houlette d’Émile Bracq fils, l’usine se développe considérablement jusqu’aux bombardements de la seconde guerre mondiale… Malgré les destructions et les pillages dont elle fait l’objet, elle reprend son activité après la Libération et se spécialise dans la construction d’équipements hydrauliques tout en travaillant pour l’industrie chimique.
À partir des années soixante, Pierre et Michel Bracq qui travaillent avec leur père, reprennent le flambeau et modernisent le site. En 1976, « un mariage de raison » avec une autre entreprise donne naissance à une nouvelle société d’exploitation… avec un nouveau directeur. Mais l’atmosphère sociale se dégrade progressivement jusqu’en 1986 date à laquelle le couperet tombe : redressement judiciaire, licenciements, liquidation.
Sous la plume de Jean-Jacques d’Amore et Delphine Vasseur, Pierre Bracq témoigne et évoque les savoir-faire et les techniques employées dans les différents ateliers. « De la construction des fours à pyrites à Lens à partir de 1879 jusqu’aux dernières coulées de fonte à Achicourt en 1987, l’entreprise Bracq-Laurent a accompagné, en France et bien au-delà des frontières, le développement de nombreuses entreprises industrielles » y compris dans le domaine nucléaire.
Riche d’une mise en page soignée et d’une iconographie abondante, le livre fait la part belle à l’aspect technologique tout en laissant une très large place à l’aventure humaine et sociale. Remise de médailles du travail, dîner de Saint-Éloi, football corpo ont laissé bien des souvenirs dans les mémoires des anciens de l’entreprise qui témoignent eux-aussi de ce qu’ils ont vécu. Jusqu’à ce vendredi noir du 27 mars 1987, jour de départ de la dernière charrette. À l’usine si vivante a succédé une friche, pendant plus de vingt ans, puis la démolition en 2003, faisant place nette. Une seconde mort qui permettait de donner naissance à un nouveau projet : la construction d’un établissement pour personnes âgées dépendantes.
Les Établissements Bracq-Laurent… Beau travail de mémoire.
80 pages sous couverture. En vente à la mairie d'Achicourt. 18 €. ISBN 978-2-7466-3427-5
Philippe Vincent-Chaissac
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