
Il y a deux ans, dans le cadre du concours national de la Résistance et de la Déportation, deux élèves de 3e du collège René-Cassin de Loos-en-Gohelle et leur professeur d’histoire, Sylviane Roszak, découvraient au cours de leurs recherches (et dans la revue Gauheria) le sauvetage de deux enfants Juifs, Marie et Norbert, par la famille Tysiak de Loos-en-Gohelle. Histoire extraordinaire, bouleversante, édifiante qui incita l’enseignante à monter un dossier pour que Joseph et Marianna Tysiak puissent obtenir la médaille de Justes parmi les Nations.
Elle reçut très vite le soutien de Jacqueline Lucas, de Florence Chaumorcel (de la médiathèque) mais aussi des deux « enfants sauvés » vivant actuellement en Israël. Le dossier a finalement reçu l'approbation du Mémorial Yad Vashem de Jérusalem (créé en 1953) qui est à la fois un lieu de mémoire, de recherche, d’enseignement et un complexe muséologique exceptionnel. Yad Vashem rassemble les noms des victimes d'Auschwitz, Majdanek, Treblinka, etc. Son but est de perpétuer la mémoire individuelle et collective des victimes de la Shoah (six millions de personnes dont 1,5 million d’enfants), d’honorer les Justes parmi les Nations : les non-Juifs qui ont mis leur vie en danger pour aider des Juifs à un moment où ils étaient menacés de mort, de déportation.
Tout à fait normal !
Ce dimanche 22 février à midi au foyer Omer-Caron, la médaille des Justes parmi les Nations sera remise, à titre posthume, à Joseph et Marianna Tysiak mais aussi à leur fille Marianna Sloma, 85 ans, qui recevra également la Légion d’honneur. C’est Marianna qui a raconté l’histoire extraordinaire…
Les Tysiak vivaient au 206 de la route de Béthune à Loos-en-Gohelle, une maison isolée qui était en fait le quartier général des résistants du POWN (Organisation polonaise de lutte pour l’indépendance). Joseph était mineur et membre du POWN ; sa femme était nourrice, gardant essentiellement les enfants de commerçants Juifs de Lens, d’origine polonaise. Marianna s’occupait d’Abel Kestenberg, d’Hélène Grunfas mais aussi de Marie Cymbalista, née en 1935 et de son frère Norbert, né en 1939.
Dès le 27 septembre 1940, en zone occupée, les Allemands avaient exigé un recensement de la population juive puis le port d’une étoile jaune marquée du mot Juif (y compris pour les enfants dès l’âge de 6 ans) à partir de mai 1942. Pressentant le danger et afin de prouver que Marie et Norbert étaient Français, les Cymbalista (le père était tailleur) avaient demandé copie des actes de naturalisation de leurs enfants. Le danger augmentait de jour en jour pour la communauté juive de Lens. Après les premières rafles d’août 1942, les Cymbalista demandèrent à un commerçant lensois d’emmener définitivement Marie et Norbert chez les Tysiak, avant la rafle du 11 septembre 1942. Chez les Tysiak, Marie et Norbert devinrent des enfants cachés.
Marianna, la fille est toujours restée en contact avec Marie, devenue Myriam, et Norbert, installés dans un kibboutz près de Jérusalem. Ils n’avaient jamais revus leurs parents et restèrent à Loos-en-Gohelle jusqu'en 1950 avant d'être pris en charge par la communauté juive de Lens et de rejoindre Israël. Myriam sera là ce dimanche 22 février pour remercier encore « cette famille qui n’était pas ordinaire ». De 1942 à la Libération, Marie et Norbert se cachèrent dans un petit réduit attenant à la maison, se réfugiant dans la porcherie à la moindre alerte.
« Mes parents ont fait quelque chose de tout à fait normal », répète Marianna… Et là, normal rime avec courage, générosité, humanité.
Rens. Florence Chaumorcel, 03 21 43 23 51
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