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| La gentillesse d'Alimata a conquis ses amis |
Alimata fait face bravement à la salle attentive. Elle écoute le résumé de sa vie. Pas facile de rester impassible devant cinquante personnes qui entendent que vous avez été battue, tabassée et qu’aujourd’hui, parce que vous avez divorcé, vous devez quitter le pays qui vous a accueilli. À ses côtés, Hubert Sauvage, le délégué de Réseau éducation sans frontières (RESF), égrène les évènements qui ont conduit la jeune femme à se trouver dans l’illégalité et à devoir se cacher. À se trouver plongée dans un sale jeu où les pions sont des gens qu’on met en échec. À Loos-en-Gohelle, mi-novembre, un comité de soutien à Alimata a donc été créé.
La jeune femme est née au Burkina Fasso. Séduite par un Lensois qui lui a rendu visite de nombreuses fois pendant quatre ans, elle a accepté de l’épouser et de le suivre dans le bassin minier. Mais l’homme s’est très vite révélé violent. Brutalité, cruauté psychologique, la vie de la jeune burkinabée a viré au cauchemar ; elle s’est enfuie. Loin de sa famille, de son pays, ignorante des lois française, Alimata n’a pas su qu’il fallait demander un divorce pour faute ni faire constater ses coups par un médecin. Elle a juste porté plainte et a divorcé. Du coup, elle a perdu son visa « Famille de français ». Aujourd’hui, sur le nouvel échiquier que s’est dessiné la France, la petite reine du Burkina est mat ; elle est menacée d’expulsion. Tous les recours juridiques ont été épuisés et les amis d’Alimata sont émus. « Elle veut rester ici et elle doit rester ici ! » clament-ils. La jeune femme a entrepris un suivi psychologique pour tenter de surmonter le traumatisme subi, elle a repris des études pour obtenir un diplôme d’accès aux études universitaires, elle espère obtenir un BTS commerce et s’est engagée dans une association humanitaire. Sa gentillesse, son application à parler un excellent français et son courage ont conquis les gens qui l’ont rencontrée. Un comité de soutien a été officiellement créé, des pétitions circulent et elle a obtenu l’appui du maire de Loos-en-Gohelle et de plusieurs de ses adjoints. « Nous avons déjà fait des parrainages de Sans-papiers a expliqué Jean-François Caron. Certes il faut mettre en place des actions Nord –Sud, mais il existe des situations individuelles qu’il faut régler au coup par coup, des personnes qu’il faut accueillir. Dans le bassin minier, nous savons à quel point la diversité est une richesse. Comme maire et comme conseiller régional, j’écrirai au préfet ! »
Indignez-vous !
Seul, en effet, le préfet a le pouvoir de régler officiellement le problème d’Alimata. Il peut accorder une carte « Vie privée, vie familiale » quand tous les recours ont été épuisés. RESF, Hélène Flautre députée européenne, le Collectif Fraternité-migrants qui vient au secours des vietnamiens de passage à Angres, des particuliers dont Béatrice Bouquet l’interpellent « respectueusement ». « La liberté de circuler est un droit fondamental, précise Mme Bouquet. En ce moment, c’est la Semaine de la Solidarité internationale, le Collectif de la Gohelle a invité ses partenaires du Sud. Ils n’ont pas eu de visa ! Nous devons nous priver d’eux. Nous, Français, pouvons y aller, l’inverse est devenu impossible. C’est indigne ! » Béatrice Bouquet a brandi un petit livre et s’est exclamée : « Voici un petit livre que je vous conseille de lire : « Indignez-vous ! ». Il est écrit par Stéphane Hessel, un grand Résistant français...»
La Loi Besson
Le Réseau éducation sans frontières est composé de collectifs, de mouvements associatifs (dont Amnesty, La Cimade, la Ligue des Droits de l’homme…), de mouvements syndicaux, de soutiens politiques et de personnes issues de la société civile. La structure milite notamment contre l'expulsion d'enfants et de majeurs étrangers sans papiers, scolarisés en France. Elle accompagnera Alimata quand elle sera convoquée à la Préfecture car « c’est risqué ». « Aujourd'hui dans le Nord – Pas-de-Calais, et particulièrement à Arras, Lens, Liévin, la situation est dramatique pour les Sans-papiers, affirme Hubert Sauvage.» La Loi Besson, actuellement discutée au parlement, permet d’expulser quelqu'un sans qu’il ait eu le temps de voir le Juge des libertés et de la détention ; elle prévoit la possibilité de retenir enfermés des migrants, y compris mineurs, pour préparer leur « éloignement ». « À Bailleul-Sir-Berthoult et à Liévin, des familles sont actuellement assignées à résidence. On n’avait encore jamais vu ça ! » a témoigné une personne de l’assistance. Cette Loi pourrait aussi interdire à Alimata de revenir en France (pendant deux à cinq ans) si jamais elle était expulsée. Pour la soutenir, RESF propose une pétition électronique. Elle est en ligne sur le site du réseau.
www.educationsansfrontieres.org
"Indignez-vous !" est un petit livre de 22 pages à 3 euros, publié chez Indigène-Éditions, sous la plume de Stéphane Hessel, ancien Résistant, diplomate, impliqué dans la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme des Nations unies en 1948…
ISBN : 9782911939761
Marie-Pierre Griffon
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