
Chez les Blériot, depuis trois siècles, les fils aînés s’appellent Louis ! « Et je suis le troisième Louis Blériot à être pilote » sourit ce fringant sexagénaire, invité d’honneur le 10 avril 2009 à l'Aéro-Club de France de la conférence de presse de lancement de « Franchissons le Pas... The Channel hop ! » : célébration du centenaire de la traversée de la Manche, sous la houlette du conseil général du Pas-de-Calais. Le petit-fils présentera sa collection d’objets personnels ayant appartenu au héros de 1909, du 24 juillet au 30 septembre au château d’Hardelot. « Je rassemble des choses - du phare de voiture aux avions ! - depuis quarante-trois ans quand j’ai vraiment pris conscience de la portée de l’exploit de mon grand-père. »
Un aïeul dont il mesura l’immense popularité en 1959. « J’ai gardé des souvenirs précis du Cinquantenaire de la traversée. J’avais 14 ans et j’ai survolé la Manche à bord d’un Fouga-Magister, un avion à réaction ! » Depuis, le petit-fils n’a plus jamais quitté ce héros qui était décédé huit ans avant sa naissance : « un homme qui fut un exemple de courage, de persévérance dans l’adversité ». Il se voyait pilote de ligne ou de chasse. « Mais je suis daltonien ! » Il s’est contenté de voler pour le plaisir et pour entretenir la flamme. La flamme des Blériot. Né le 4 juin 1944 à Paris dans le 7e arrondissement, fils unique, Louis Blériot s’est donc dès l’adolescence « rapproché » d’un grand-père disparu à l’âge de 64 ans, au mois d’août 1936 (quelques jours avant le début des nationalisations du Front Populaire) et devenu sur le champ un personnage historique. « Il était très présent dans les conversations familiales. J’entendais beaucoup parler de la villa d’Hardelot... » École supérieure de commerce à Paris, le commerce et les affaires, Louis Blériot « 3 » a pourtant toujours gardé le contact avec l’aéronautique et avec son héros. « Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille mais il ne connaissait pas la démission. Il était un véritable homme-orchestre avec beaucoup de casquettes. » Ingénieur, mécanicien, industriel, entrepreneur, il a déposé une liste impressionnante de brevets... Un parcours extraordinaire retracé dans un livre de plus de cinq cents pages paru en 1994, « Blériot, l’envol du xxe siècle ». Louis Blériot « 3 » a voulu à son tour traverser la Manche, avec un Blériot-XI... échouant à deux reprises ! « Mon grand-père avait son ange-gardien à bord, c’est mon opinion personnelle. » Un ange qui le guidait quand, au-dessus du détroit, il avait l’impression de suivre la même vague. Après la célébration du Centenaire, Louis Blériot « 3 » - qui vit en Bretagne depuis vingt-cinq ans - verrait d’un bon œil la création d’un musée Blériot, « pourquoi pas dans le Pas-de-Calais ? J’ai toute la matière. » Le sujet est inépuisable. Seul regret du petit-fils : « j’ai quatre fils (l’aîné s’appelant évidemment Louis) mais aucun ne veut voler... »
Texte et photo : Christian Defrance
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