La Citadelle d’Arras vrombissante comme un stade bien rempli… Plus de 40 000 personnes pour assister aux « rencontres musicales » de la deuxième journée du Main Square Festival 2011. Quinze groupes se sont partagés hier, samedi 2 juillet 2011, les deux scènes séparées par la chapelle de la Citadelle ! Ce sont d’ailleurs quinze différentes « chapelles » du rock (employons ce terme générique) qui ont défilé sur le Main Stage et sur le Green Room. Un sacré mélange.
Certains trouvent d’ailleurs que le Main Square en fait trop, d’autres se régalent devant la diversité. Difficile d’assister sérieusement de bout en bout aux quinze « parties » alors nous nous sommes concentrés sur la grande scène, ratant Two Door Cinema Club ou Kasabian qui avaient déplacé des milliers de fan à la Citadelle.
Le trio anversois Triggerfinger a inauguré cette deuxième journée. Très demandés en Belgique et aux Pays-Bas, ces trois disciples d’un blues-rock pur et dur ont parfaitement rempli leur mission… devant un public un peu trop sage, en pleine digestion sans doute. L’homme du match : Mario Goossens, un batteur comme on n’en fait plus. Yodelice, le Français du jour, a pris le relais, maquillé en noir ! Une honnête prestation pour Maxim Nucci et ses potes, ravis évidemment de jouer dans de telles conditions. Mais leur rock joyeux est plus efficace dans des sphères plus intimes.
Grosse sensation par contre avec White Lies. Par encore très connu chez nous, ce groupe londonien a la cote chez nos voisins anglais, il a tourné avec Muse dans les grands stades, habitué à se produire devant 40 000 fans ! Quelque part entre Joy Division et Editors, White Lies explore le côté sombre du rock ; la voix de Harry McVeigh donnant du fil à retordre à nos extrémités nerveuses. Avec cette équipe qui a tout compris de la new wave, le public a commencé à se réveiller. Le gros contingent de supporters venus de Belgique connaissant par cœur tous les titres.
Merci beaucoup !
Et Kaiser Chiefs est arrivé de Leeds avec sa « brit-pop » et sa bête de scène, Ricky Wilson. Déjà vus au Main Square en 2009, les Kaiser Chiefs ont offert le même emballement, le même plaisir d’être sur scène. Ricky en fait peut-être un peu trop mais le gars sait remuer les foules et mettre dans tous leurs états les services de sécurité.
Incontestablement, le vainqueur du jour s’appelle The National ! Emmenée par l’étonnant Matt Berninger, la bande de l’Ohio – et de Brooklyn – a subjugué la Citadelle. Pas évident quand on sait que Matt, les frères Dessner et les frères Devendorf construisent un rock indé riche et inspiré avec de multiples ramifications. Ça pétille, ça pulse et ça trouble aussi. La voix de Matt, un baryton, est incroyable. Les mains collées au micro, il clame « I’m afraid everyone ». Sur scène il ressemble à l’albatros de Baudelaire : un peu gêné aux entournures, fonçant sur son verre de vin, entre chaque morceau, et complètement majestueux pour ne pas dire divin quand il crie sa rage, sa douleur, ses mots bleus et ses mots noirs. Matt s’est même complètement décoincé en prenant un bain de foule : le seul à oser faire ça ce samedi soir.
Arcade Fire, le groupe de Montréal avec Win Butler et Régine Chassagne, ses guitares, ses violons, son accordéon, est venu rappeler que le rock peut être réinventé chaque jour. Arcade Fire c’est l’imagination au pouvoir, une pop débridée, des voix haut perchées, le mariage de la déraison et de la réflexion. Une heure et demie à couper le souffle, un match intense sans cartons jaunes, sans dégagements lointains et avec un but bien précis : le plaisir.
Sur le Main Stage, Moby a fermé le ban. Carré et propre. Tous ses tubes, en acier ! Comme il y a deux ans (c’était sur la Grand-Place), Moby a arpenté la scène de long en large, comme un lion en cage, répétant « merci beaucoup merci beaucoup merci beaucoup ». Merci aussi à toi Moby mais la prochaine fois à Arras, essaie de nous présenter du neuf.
Aujourd’hui dimanche 3 juillet 2011 ; troisième journée de ce Main Square 2011 et quinze autres facettes de la grande boule du rock : Rival Sons, Charles Bradley, Bruno Mars, Elbow, PJ Harvey, Portishead et Coldplay sur le Main Stage (un plateau qui a belle allure, nous sommes impatients de voir Beth Gibbons la reine du trip-hop) ; Manceau, Evaline, I Blame Coco, Puggy, Julian Perretta, Cold War Kids, Magnetic Man et Underworld sur le Green Room.
Texte : Chr. Defrance / Photos : Jérôme Pouille
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