
Que du bonheur. Quel honneur aussi ! Depuis une semaine, Marie-Christine Zabka est « sur son petit nuage ». Prête à gérer un « stress positif » et à « avaler » avec gourmandise dix livres ! Marie-Christine, directrice d’un établissement et service pour personnes adultes handicapées mentales, à Isbergues, domiciliée à Étrun près d'Arras, a été retenue – ou sélectionnée, admise ? - dans le désormais célèbre jury du prix du Livre Inter. Douze hommes et douze femmes, des quatre coins de France, qui ont passé le cap de la lettre ! Celle qui doit convaincre France Inter, les journalistes Éva Bettan et Vincent Josse. 3 330 candidatures pour cette 35e édition du Livre Inter.
Marie-Christine, recalée en 2007 mais encouragée à persévérer, avait pris sa plume le 13 février. Sa plus belle plume pour raconter sa passion pour les mots, son amour du livre. « Toucher un livre c’est d’abord sensoriel, dit-elle. Je l’ouvre et la rencontre se fait… ou ne se fait pas, en fonction de mon humeur. Elle se fera peut-être plus tard si je reprends ou si je poursuis la lecture. » Une grande histoire d’amour « née à la bibliothèque-armoire de la petite école de village que je fréquente. J’ai sept ans », écrit Marie-Christine à France Inter. La petite fille devient « très vite et pour longtemps un rat de bibliothèque ». Le Magicien d’Oz à huit ans, La Mousson de Louis Broomfield à quinze. Les bons conseils de sa meilleure amie. L’enthousiasme et l’exigence d’une professeur de français – véritable « passeur » - en Première. Une bibliothèque à Arras : le Palais Saint-Vaast et son parquet ciré. Amour éternel ? « J’ai cinquante-deux ans et je suis toujours reliée à un livre… au moins ! » Lire, lire encore, avec un bel éclectisme. Classiques et contemporains. De Balzac à Le Clézio en passant par Duras, Bobin, Pennac. Des Français, des Anglais (David Lodge, Anita Brookner), des Américains… Surtout Jim Harrison « La Route du retour : mon livre de chevet, mon livre-doudou. Initiatique en quelque sorte. » Lire et transmettre, parler des livres avec les gens qu’on aime, offrir. « Après le travail solitaire de l’écrivain, le plaisir égoïste, silencieux de la lecture, le livre vit une troisième vie dans le partage ». Son métier l’accapare, alors la lectrice plonge avec délectation sur ses loisirs, ses repos, ses voyages. Elle bondit sur le style, les personnages, avec l’envie de ne pas ressortir indemne. « Je dis souvent que les livres aident à prendre des raccourcis vers le bonheur, la sagesse, la sécurité… cela dépend. » Dix livres donc (elle adore les piles !) à lire avant le 31 mai (« J’ai fait un tirage au sort… et annulé un voyage prévu durant les vacances de Pâques »), date de la réunion du jury « populaire » présidé par Marc Dugain, et du vote. Elle fera fi de sa timidité : « Défendre un livre c’est trop important. » Le nom du lauréat sera proclamé le 1er juin sur France Inter évidemment. Marie-Christine espère avoir le temps d’évoquer Jim Harrison avec Marc Dugain, « fan » lui aussi. Que du bonheur en perspective. Absolument… « Être curieux, c’est être heureux. »
Les livres sélectionnés : Nous autres de Stéphane Audeguy (Gallimard), D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère (P.O.L.), Traques de Frédérique Clémençon (L’Olivier), Equatoria de Patrick Deville (Seuil), Zones de Mathias Enard (Actes Sud), Lacrimosa de Régis Jauffret (Gallimard), Trois Hommes seuls de Christian Oster (Minuit), Un chien mort après lui de Jean Rolin (P.O.L.), Un chasseur de lions d’Olivier Rolin (Seuil), Paris-Brest de Tanguy Viel (Minuit).
Chr. Defrance / Photo : Chr. D.
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