Médiathèque de Lens, au bout de l’immense parking du stade Bollaert… vide. Une enseigne clignote. Le vent souffle. On dirait une scène tiré d’un film de David Lynch. Dans la salle, le spectacle est terminé, le petit garçon se précipite sur Guick, l’acteur pressé de fumer un nouvelle clope, et lui demande : « Pourquoi tu as dit : à quelle heure on meurt ? » Guick hésite et répond : « c’est une longue histoire ! » D’autres spectateurs, plus grands, ont sans doute eux aussi un tas de questions à poser à Guick, Valérie Plouchart et surtout à Anne Lepla, auteur et metteur en scène de « Marie-Madeleine et Johnny ». Une création théâtrale et musicale complètement originale ! Y-a-t-il dans notre sacrée langue un verbe plus fort que « interpeller » ? Les trois protagonistes de l’aventure parlent d’une « envie commune de sortir des sentiers battus »… Doux euphémisme. Le public est transporté dans une zone complètement vierge où l’esprit doit utiliser le coupe-coupe pour avancer.
« Marie-Madeleine et Johnny » est un savant mélange entre souvenirs d’enfance et d’adolescence, tentations oniriques, bulles de philosophie, obsessions musicales. Johnny – Guick – ne quitte pas sa guitare des yeux. Il se souvient du caté, du stretching paternel, des médiévistes, de baisers avec la langue, d’un testament écrit sur du Sopalin… « C’est onirique », réplique Marie-Madeleine. « Non c’est éthylique », dit Johnny.
Marie-Madeleine – Valérie Plouchart – a toujours son petit sac « maison » près d’elle. Elle sort des œufs Kinder Surprise, grogne, récite Médée. Innocente et ingénue, elle ne connaît ni Jean-Pierre Foucaut, ni le best of, ni le « karakoé »… Deux destins hors du commun, « hors du coma ».
Des mots qui éclaboussent, des corps qui bougent. Des cris stridents, des yeux exorbités. Des chansons : des Pogues à Johnny Cash en passant par Adamo. « Tombe la neige. Tu ne viendras pas ce soir. Tombe la neige. Et mon cœur s'habille de noir. Ce soyeux cortège. Tout en larmes blanches. L'oiseau sur la branche. Pleure le sortilège ». Noir et blanc. La création d’Anne Lepla navigue constamment d’une rive à l’autre ; le spectateur est à la fois bien tranquille sur son chemin bien balisé et très inquiet parce que perdu dans les méandres d’un rêve (d'un cauchemar ?) éveillé ! Noir et blanc, heureux et malheureux… Parce qu’il n’y a de réponses qui sautent aux yeux - incroyable scène avec du sparadrap collé sur ceux de Guick – à la question que se posent Marie-Madeleine et Johnny, à la question que nous nous posons tous : « qui sommes-nous ? »
« Marie-Madeleine et Johnny », le 29 février à 21 heures au Quilit-Quilit à Béthune ; le 1er mars à 17 heures au Tôt ou t’Art à Boulogne-sur-Mer.
Chr. Defrance / Photo : H. Roeckhout
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