
De la forêt vierge à un paisible jardin rempli de pommiers. Michel Sanchez, le compositeur de Deep Forest, a semé ses claviers, planté ses consoles de studio à Hendecourt-lès-Cagnicourt. Il a tourné une page et vient de récolter deux albums qu’il a entièrement composés bien sûr... et sur lesquels il a posé sa voix. Or Michel n’avait jamais chanté.
« Une voix de tête, avec un souffle », explique-t-il, bien conscient de « redémarrer à zéro ». Durant douze ans, de 1992 à 2004, il a roulé carrosse sur une voie royale avec Deep Forest : succès, tournées japonaises, récompenses, des millions de disques vendus. Une belle aventure avec une « Sweet Lullaby ». Le duo Mouquet-Sanchez a lancé la mode des musiques très mélangées : traditionnelles et électroniques... World and ambient. « Concept beaucoup copié, exploité, et auquel je n’ai pas voulu resté scotché. » Il y a quatre ans, ce Nordiste (originaire de Fenain), musicien invétéré (premier instrument à quatre ans !), passé par le Conservatoire, les bals, le jazz, la variété... a créé son studio en plein Artois, entre Arras et Bapaume. « Un bel outil, idéal pour me réinventer un univers, mon propre univers. » Dix à douze heures par jour, Michel a travaillé en solitaire. Musiques atmosphériques avec une certaine forme de minimalisme. Puis il s’est timidement mis à chanter, se fabriquant un timbre de voix. « On dirait David Sylvian – le chanteur du groupe Japan - m’a-t-on dit… » Virage abrupt par rapport à Deep Forest. Quand ses tiroirs débordèrent de musiques, il a cherché des auteurs. Le carnet d’adresses est encore efficace. Suzie Hug, de Londres (elle a bossé avec le groupe Travis), a écrit les treize chansons de The Touch, et le grand Boris Bergman (Gaby pour Bashung !) a écrit (en anglais aussi) les onze titres de The Day of a Paper Bird. Le premier album est très acoustique avec d’entêtantes mélodies et ça c’est le « coup de patte » de Sanchez ; le second est plus progressif, plus onirique, moins commercial. Les pochettes, signées Sanchez aussi, sont superbes. Deux albums sincères et séduisants. « Armons-nous de courage maintenant », lance Michel qui a relevé le pari de l’autoproduction pour ne pas voir se lever les barrières musicales, mais il espère faire de l’œil à des labels et maisons de disques anglo-saxons. En attendant, il a ouvert une petite boutique sur son site Internet, et défend énergiquement ses deux projets, oubliant son côté « ours » pour accéder aux rivages de la promotion et de la communication. Ne cachant pas sa « gourmandise de musiques », ses goûts allant de Miles Davis à Radiohead sans oublier Brel, Michel Sanchez sait avec ses notes nous mettre l’eau à la bouche... et aux oreilles. The Touch et The Day of a Paper Bird nous invitent à faire une pause : claviers, guitares, cordes, hautbois, basson, accordéon et la voix de tête nous emmenant sous les pommiers du jardin. Deep soul.
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
URL courte : www.echo62.com/actu2175
