
On savait Doreen Vasseur audacieuse, on la découvre risque-tout. La metteure en scène, créatrice du Théâtre de la Fiancée, a présenté à Grenay «La Dernière heure» un spectacle hardi sur la mort et la vieillesse. Selon les mots de l’artiste, la production «dédramatise» et «sert d’antidote». Elle séduit surtout, elle charme, elle amuse aussi, même si elle décoiffe, même si elle dérange...
Allez, osons les comparaisons ! Souvenez-vous, Marcel Pagnol laissait dire à Honoré Panisse, agonisant : «De mourir, ça ne me fait rien. Mais ça me fait de la peine de quitter la vie !» ou encore «Qu’est-ce qu’ils ont à pleurer autour de mon lit ? C’est déjà bien assez triste de mourir... S’il faut encore voir pleurer les autres !» Désormais, il faudra ajouter à la collection les phrases de Doreen Vasseur : «C’est pas la mort qui me fait peur, c’est le vide que ça laisse !» ou «C’est pas juste, j’avais encore des choses à faire !»
Le Théâtre de la Fiancée s’attaque encore une fois au plus sensible. Accompagnés par le souffle (le dernier ?) d’un excellent accordéon, quatre comédiens s’attardent pendant une heure sur la vieillesse et la mort. Entre néons blancs et humour noir. Entre saupoudrage de terre sur scène et éclairage de fleurs sur écran. Véritable personnage à part entière, la vidéo pose en effet en scène couronnes mortuaires et rides profondes. Elle présente Paulette, 75 ans, qui raconte sa longue vie passée et sa petite vie à venir, si petite... Pendant que Paulette parle, sur scène : une chorégraphie, trois pas de danse et l’évocation des milliers de morts à Auschwitz, à Tchernobyl. Panorama accablant de toutes les dernières heures : celle du centenaire ; celle, subite, du nourrisson ; celle de l’enfant de cinq ans happé par un 38 tonnes... Et des questions qui filent, sans réponse : «Est-ce qu’on sait quand on meurt ?» ; «Est-ce qu’il faut que quelqu’un meurt pour que quelqu’un puisse naître ?» ; «Est-ce que ça fait mal ?» Autant d’interrogations que Doreen Vasseur et les comédiens se sont posées avant que ne commence l’écriture du spectacle... Un spectacle non narratif comme les aime la Compagnie. «J’ai du mal à écrire un début et une fin car la fin des ces histoires-là, je ne la connais pas !» explique Doreen Vasseur.
Le danger, selon elle, aurait été de tomber dans le pathos pour cette pièce très particulière. Le Théâtre de la Fiancée s’en est bien gardé. Il y a du rire dans La Dernière heure. «Parce que ça libère». Du rire et du punch. Il faut dire que «Paulette nous filait la patate !»
Rens. Le théâtre de la Fiancée, 9 rue Mallarmé, 62300 Lens.
Yannick Jankowski : 06 60 86 39 13
www.theatredelafiancee.com
Ce spectacle bénéficie de l'aide à la diffusion du conseil général. Il a été présenté sur son lieu de création, à l'Espace culturel Ronny-Coutteure de Grenay, coproducteur du spectacle
Marie-Pierre Griffon. Photo Yannick Jankowski
URL courte : www.echo62.com/actu2248
