En janvier 1917, « presque en cachette », les premières troupes du Corps expéditionnaire portugais embarquent à Lisbonne. Leur destination : Brest puis le secteur de défense de la 1ère Armée britannique dans la région d’Aire-sur-la-Lys, vallées de la Lys et de l’Aa. Durant dix mois, plus de 55 000 hommes vont rejoindre les tranchées. Le Portugal était entré dans ce conflit aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne pour « reconquérir une place perdue dans le concert des nations européennes ». Il ne savait sans doute pas qu’il allait « verser autant de sang pour la défense de la France » (notamment lors de la bataille de la Lys en avril 1918), plus de deux milles morts et plus de cinq mille tués au total. Longtemps l’histoire officielle est restée très silencieuse sur la participation portugaise à la Première Guerre mondiale. Le 90e anniversaire de la bataille de la Lys semble avoir remué les souvenirs, les petites histoires, et le Portugal retrouve la mémoire de sa Grande Guerre.
En avril dernier, Luce et Didier Rousseau les propriétaires du manoir de la Peylouse à Saint-Venant, qui fut à partir de juin 1917 la résidence officielle de Tamagnini, commandant du Corps expéditionnaire portugais, accueillaient le ministre de la Défense du Portugal (et historien qui plus est). Cette semaine (du 8 au 15 septembre), la Peylouse est devenu le quartier général d’une équipe de la RTP, la télé publique portugaise, engagée dans la réalisation d’un documentaire de cinquante minutes sur l’effort portugais durant cette Grande Guerre et sur les descendants des soldats du CEP restés en France. « Un travail de mémoire avant tout », explique la journaliste Sofia Leite. Le film sera sûrement diffusé le 11 novembre en prime time. « Nous voulons toucher un large public, ajoute-t-elle. Au Portugal, on ne sait pas, on ne sait plus que le pays a été impliqué dans cette guerre ».
La journaliste, le preneur de son et le cameraman sont allés à Aire-sur-la-Lys rencontrer Roger Barbara, fier de rappeler que le « père portugais avait apporté sa graine de mécanicien ». À Mametz, ils ont entendu la doyenne du village – 97 ans - leur parler de sa tante qui a suivi au Portugal « son » colonel. Bien sûr ils sont allés au cimetière de Richebourg, sur les bords de la Lys… À l’ECPAD aussi, la médiathèque de la Défense à Paris, pour enrichir le volet historique de leur film et faire suite aux contributions de Alfonsa da Silva Maïa, Dominique Faire et Didier Rousseau le « passeur » de la Peylouse. La France aura la chance de découvrir le documentaire sur RTP International ; la date de diffusion restant à confirmer. Constituant le « premier noyau » de l’émigration portugaise en France, le CEP sera mis à l’honneur chaque année à Saint-Venant. Didier Rousseau a écouté avec attention Sofia Leite lui parler de ces fados composés à partir de textes de soldats portugais. Une piste à suivre...
Légende : Didier et Luce Rousseau (à gauche) et le trio de la RTP.
Texte et photo : Christian Defrance
URL courte : www.echo62.com/actu2018
